SERBICA ♦ Revue électronique ♦ N° 19 / 2017

SERBICA


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Enquête : poésie - réponses de Bojana Stojanović-Pantović

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Enquête : prose - nouvelle et roman - réponses de Mihailo Pantić

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Enquête : prose - nouvelle et roman - réponses de Jasmina Vrbavac

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Enquête : poésie - réponses de Djordje Despić

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Enquête : poésie - réponses de Boris Lazić

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Le livre du mois / Mai 2017 : Le cœur de la terre / Svetislav Basara

LE LIVRE DU MOIS : MAI 2017


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Le poème du mois / Mai 2017 : Les maîtres antiques / Dragan Jovanović Danilov


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♦ Études de réception

 

LA RÉCEPTION DE LA LITTERATURE SERBE EN FRANCE JUSQU'EN 1945

par 

MILIVOJ SREBRO

Les premiers contacts notables entre des Français et des Slaves du Sud, des Serbes en particulier, ont été établis – selon Mihailo Pavlović, l’un des chercheurs les plus assidus des relations culturelles entre les deux peuples – au temps des Croisades.[1] La preuve en est l'importance des témoignages – écrits en latin et en ancien français – des chroniqueurs qui ont accompagné les croisés sur leur chemin vers la Terre Sainte. Depuis ces temps lointains, l’intérêt des Français pour les Serbes n’a cessé de s’accroître pendant les siècles suivants, mais sans jamais prendre l’allure d’une exploration systématique et approfondie. Plus précisément, cet intérêt, plutôt aléatoire et souvent motivé par des raisons utilitaires, est longtemps resté le privilège, ou « l’affaire », d’une élite restreinte constituée de divers diplomates qui ont également, à côté d’un certain nombre d’historiens et de voyageurs curieux, écrit sur ce peuple dont l’histoire tourmentée aurait peut-être davantage mérité l’attention des observateurs étrangers.[2]

Mais si l’on peut constater que l’intérêt général pour les Serbes, malgré ses motifs et ses aspects aléatoires, a tout de même une tradition séculaire en France, on ne peut pas tirer la même conclusion en ce qui concerne la littérature serbe. L'intérêt pour cette littérature s’est en effet manifesté beaucoup plus tard, au début du XIXe siècle, moment d’un changement considérable, à tous les niveaux, dans les relations entre les deux peuples.

1. La découverte de la poésie populaire serbe

C’est d’abord la poésie populaire serbe qui, après avoir suscité l’enthousiasme de quelques écrivains en Allemagne, et en particulier de Goethe, a attiré l’attention de certains hommes de lettres en France. Mais disons-le d’emblée : cet intérêt soudain pour une littérature jusqu’alors complètement méconnue n’est pas seulement le résultat de l’influence allemande. Il a, sans aucun doute, été suscité aussi, et peut-être davantage, par l’essor du romantisme qui s’est montré, dès ses débuts, très ouvert à toutes sortes d’exotismes : aux peuples inconnus et à la création populaire.

Même avant d’être traduite en français, la poésie populaire serbe a fait l’objet, grâce à la traduction allemande de Thèrese von Jacob, d’une étude approfondie, considérée par les spécialistes comme l’une des « meilleures et des plus sérieuses explications » de cette poésie au XIXe siècle. Il s’agit de l’étude faite par le philosophe, théoricien et orientaliste, le baron Ferdinand d’Eckstein.[3] Outre les réflexions générales et les analyses d’un certain nombre de poèmes épiques (le baron a réservé une place à part au célèbre poème Le Mariage de Maxime Crnojevic), d’Eckstein a également souligné la particularité de la poésie lyrique serbe dont la franchise dans l’expression des sentiments n’a rien de commun, selon lui, avec « la civilisation des salons » et avec « la sentimentalité des occidentaux modernes ».

L’année suivante, 1827, marque une date importante dans la présentation de cette poésie en France. Non seulement à cause de la publication de dix poèmes dans la revue Le Globe, mais également en raison de la sortie du livre de Prosper Mérimée, La guzla, ou choix de poésies illyriques recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l’Herzégovine, célèbre canular où l’auteur, tout en appliquant « un singulier stratagème », a fait passer ses propres créations pour des traductions authentiques de poésies populaires des Slaves du Sud.[4] Ce livre-mystification qui a piégé de nombreux écrivains, parmi lesquels A. Pouchkine, A. Mickiewicz et Théophile Gauthier, a surtout le mérite d’avoir attiré l’attention sur une littérature jusqu’alors méconnue du public français.[5]

Séduit puis trompé par le pastiche de Mérimée, le public ne resta pas longtemps sur sa faim. Quelques années plus tard, en 1934, Elise Voïart lui présentait un choix exhaustif de cette poésie, une sorte d’anthologie en deux tomes, publiée sous le titre Chants populaires des Serviens.[6] Certes, ce recueil avait été traduit d’une langue intermédiaire, l’allemand, mais cela n’a pas empêché les intéressés de l’accueillir avec curiosité et même enthousiasme, comme l’a fait, par exemple, Lamartine. Celui-ci, passionné par la poésie et par l’histoire tourmentée du peuple serbe, lui avait déjà témoigné ses profondes sympathies dans son Voyage en Orient 1832-1833. « L’histoire de ce peuple devrait se chanter et non s’écrire ! », s’exclame-il. Il emprunte de fait au recueil d’Elise Voïart huit poèmes pour les ajouter, comme illustrations, aux « Notes sur la Servie » dans la deuxième édition de son Voyage.[7]

Le mérite de la popularisation de la littérature serbe en France dans la première moitié du XIXe siècle appartient également aux célèbres professeurs de « la littérature étrangère » à la Sorbonne  à Claude Fauriel, le pionnier des études comparées, et son successeur Frédéric-Gustave Eichhoff  aussi bien qu’au poète polonais Adam Mickiewicz et l’érudit Cyprien Robert. Ainsi, au cours de l’année scolaire 1831/32 Fauriel a longuement analysé la poésie populaire serbe en se référant aux poèmes traduits de l’allemand par lui-même[8]. F.-G. Eichhoff, lui, publiait, en 1839, L’histoire de la langue et de la littérature des Slaves, Russes, Serbes, Bohèmes, etc. où il consacrait un long chapitre à la littérature serbe, orale et écrite.[9] A. Mickiewicz, nommé professeur de littératures slaves au Collège de France en 1840, s’est plus particulièrement distingué par ses analyses passionnées, fondées sur les idées romantiques, de la poésie populaire chez les Slaves, et surtout chez les Serbes.[10] Dans un langage enthousiaste, propre à son époque, qui a su séduire ses auditeurs parisiens parmi lesquels se trouvaient souvent George Sand, Michelet et Sainte-Beuve, le poète polonais a comparé cette poésie aux chefs-d’œuvre d’Homère, en soulignant, comme nous le rapporte Saint-René Taillandier, que les Serbes sont « un peuple destiné à être le musicien et le poète de toute la race slave ».[11] Enfin, signalons l’activité d’un autre enthousiaste de cette époque, Cyprien Robert, qui fut le successeur de Mickiewicz à la chaire de slavistique. Bon connaisseur de tous les Slaves du Sud, cet érudit a publié de nombreux articles dans la Revue des Deux Mondes consacrés pour la plupart aux Serbes et à leur culture.

2. Le développement de la slavistique

L’intérêt pour la littérature serbe, suscité par ces premières traductions en français et entretenu par l’enthousiasme de quelques hommes de lettres, des professeurs d’université et des poètes romantiques en particulier, s’accroîtra encore davantage dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Le nombre des traductions, des articles et des études augmentera considérablement grâce, en premier chef, au développement de la slavistique, à l’apparition et à l’activité assidue des nouveaux spécialistes des lettres slaves, des chercheurs passionnés qui, pour la plupart, maîtrisaient la langue serbe. Parmi les pionniers de la slavistique en France, citons les noms de Xavier Marmier et d’Alexandre Chodzko. Le premier a longuement parlé des Serbes, de leur poésie et de leur langue dans ses Lettres sur l’Adriatique et le Monténégro (1854), et a fait paraître cinq contes serbes dans son recueil Contes populaires de différents pays (1880, 1888). Le deuxième, A. Chodzko, s’est intéressé lui aussi à la création populaire en Serbie : dans son livre, Contes des paysans et des pâtres slaves (1864), figurent plusieurs contes serbes. Mais il n’en est pas resté là. Il a également écrit sur la littérature médiévale, sur la langue et sur le théâtre moderne chez les Serbes.

Parmi tous les slavistes français du XIXe siècle, une place particulière revient sans aucun doute à Auguste Dozon, diplomate, poète et traducteur. Grâce à son service diplomatique dans les Balkans et notamment à Belgrade où il a passé plusieurs années et fait la connaissance de Vuk Karadžić[12], Dozon a pu apprendre la langue et étudier de façon approfondie la littérature des Slaves du Sud. Outre de nombreux articles consacrés à la poésie populaire, ce slaviste fécond a également publié deux livres très importants pour la popularisation de la littérature serbe en France. Il s’agit de ses deux recueils de chants nationaux parus sous les titres Poésies populaires serbes, traduites sur les originaux avec une introduction et des notes (1859) et L’Épopée serbe (1888) où l’auteur a présenté non seulement les poèmes épiques faisant partie de différents cycles (les poèmes sur Marko Kraljević, l’un des principaux héros nationaux, sur la bataille de Kossovo, sur les haïdouks, des brigands-patriotes), mais aussi de nombreux « chants domestiques » ou « féminins ». Ces recueils, en particulier le dernier, faits « avec amour et compréhension, et basés sur des connaissances très larges et très sûres », comme le souligne M. Pavlović, ont été pendant des années « une source inépuisable d’inspiration, d’imitation et d’emprunts pour plusieurs auteurs français qui s’occupaient de poésie populaire serbe »[13].

En ce qui concerne d’autres slavistes renommés de cette époque, il est indispensable d’évoquer, ne serait-ce que brièvement, l’activité d’Adolphe d’Avril, de Céleste Courière et de Louis Léger. Le premier a publié de nombreux travaux concernant l’histoire et la littérature serbe et fait paraître sa traduction des chants du cycle de Kossovo sous le titre La Bataille de Kossovo (1868). Ce cycle, qui avait déjà attiré l’attention de Dozon, a également fait l’objet, quelques années après, en 1878, d’une nouvelle traduction, celle de C. Courière qui était connu aussi pour ses traductions des comédies de Kosta Trifković et surtout pour son Histoire de la littérature contemporaine chez les Slaves (1879).[14] Quant à Louis Léger, il a assumé avec brio pendant des années deux activités : celle de traducteur (il a publié notamment le Recueil des contes populaires slaves en 1882) et celle de professeur à la Sorbonne et à l’École des Langues Orientales où il obtient, en 1873, l’autorisation d’enseigner le serbe. Plus tard, au Collège de France, Léger a fait un cours d’histoire et de littérature serbes, contribuant ainsi également à la popularisation de cette littérature.

Mais, tout en reconnaissant le rôle primordial des slavistes, précisons tout de même qu’ils n’ont pas été les seuls à avoir contribué à la popularisation et à la connaissance de la littérature serbe en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle. De plus en plus attentifs à l’évolution historique des Slaves du Sud et, par conséquent, à celle d’un état serbe qui finira par devenir indépendant en 1878, un certain nombre de journalistes, savants, historiens et écrivains a également prêté plus d’attention à la culture et à la littérature de ce peuple qui apparaissait alors sur la scène européenne après avoir passé plusieurs siècles sous le joug ottoman.

Ainsi, Edouard-René Lefebvre de Laboulaye, savant et membre de l’Académie, traduit lui-même les poèmes et les contes populaires serbes pour illustrer ses réflexions concernant l’histoire, la mentalité, les coutumes et mœurs de cette ethnie.[15] Dora d’Istria, alias Elena Ghika, tente de saisir dans son étude l’identité nationale serbe à travers justement les chants populaires. Saint-René Taillandier, rédacteur de la Revue des Deux Mondes, s’attache à montrer, dans un livre consacré à l’histoire récente de la Serbie, « comment la poésie, complétant l’œuvre de la religion et l’influence de l’esprit de famille, a maintenu, du quinzième siècle au dix-neuvième, cette vitalité nationale que le joug ottoman n’a pu briser ».[16] La démarche de Joseph Reinach, homme politique et écrivain, ressemble à bien des égards à celle de Taillandier ou celle de Laboulaye : en écrivant l’histoire, et notamment l’histoire culturelle de la Serbie et du Monténégro, il se réfère sans cesse aux chants nationaux pour rendre plus convaincantes et plus crédibles ses observations et ses analyses. Enfin, citons Charles Yriarte, rédacteur du Monde illustré et auteur de nombreux récits de voyage. Attiré surtout par l’histoire récente, les mœurs et le folklore des Slaves du Sud, ce voyageur infatigable qui a séjourné plusieurs fois dans les pays yougoslaves profite de chaque occasion pour donner ses impressions sur la poésie populaire serbe, dont il connaît bien l’esprit.[17]

Pour en finir avec le XIXe siècle, il nous semble important d’évoquer encore un facteur qui a eu un impact sur la réception de la littérature serbe en France, même si cela a été de manière indirecte. Il s’agit, plus précisément, des œuvres de fiction de nombreux écrivains français qui, attirés par la découverte de la poésie populaire serbe, par les événements de l’histoire récente des Balkans ou, simplement, par l’exotisme, traitent des Slaves du Sud, et des Serbes en particulier. Ces livres destinés au large public – comme, par exemple, L’Uscoque (1838) et Beau Laurence (1870) de George Sand, Ville-Vampire (1875) de Paul Féval, Pasquala Ivanovitch (1881) de Pierre Loti ou encore Les Frères d’Élection (1888) de Jean Dornis, alias Mme Alfred Droën, et Miliza, histoire d’hier (1894) de Constant Améro – ont sans doute contribué à l’éveil de l’intérêt pour les Serbes, leur histoire, leurs traditions et culture, et, par conséquent, pour leur littérature.[18]

3. Une nouvelle étape dans les rapports franco-serbes :
les années de « l’héroïque Serbie »

Les événements d’ordre politico-historique qui se sont succédés au début du XXe siècle  notamment l’assassinat du couple royal Obrenović (1903), l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie (1908), les guerres balkaniques (1912-1913) et en particulier la Première Guerre mondiale  ont accru l’intérêt de la France pour la Serbie au point que l’on en parlait « pour ainsi dire chaque jour », comme le remarque M. Pavlović. Outre de nombreux articles parus dans les périodiques, parmi lesquels se distinguent tout au début de cette époque surtout ceux écrits par les collaborateurs de L’Européen, André Barre et Guillaume Apollinaire[19], plusieurs livres et études, documentés et approfondis, ont également vu le jour. Certes, la plupart de ces publications traitent avant tout de thèmes socio-politiques et historiques, mais certaines, comme par exemple la monographie détaillée de Joseph Mallat intitulée La Serbie contemporaine (1902), s’intéressent également à la vie culturelle et à la littérature en Serbie.

En ce qui concerne les traductions des œuvres littéraires, et en particulier celles de la poésie populaire, elles ne cessent pas non plus de se multiplier. A ce propos, le rôle de la Revue slave qui a commencé à paraître en 1906 fut très important. Focalisée sur les peuples slaves et donc sur les Serbes, cette revue a surtout présenté au public français, à côté de quelques écrivains contemporains, les nouvelles traductions des chants nationaux et des contes populaires. Mais, bien que l’on puisse constater que l’activité des traducteurs suit constamment dès le début du siècle une ligne ascendante, le vrai regain d’intérêt pour la littérature serbe ne viendra que quelques années plus tard, à l’époque de la Première Guerre mondiale, période de souffrance et de gloire que l’on pourrait nommer métaphoriquement, selon l’image qui domine dans de nombreux écrits sur les Serbes, les années de « l’héroïque Serbie »[20]

L’arrivée de la guerre de 1914 marque en effet une nouvelle étape dans l’évolution des rapports franco-serbes, politiques mais aussi culturels et littéraires. La raison de ce changement considérable dans les relations entre les deux peuples est d’ailleurs facile à expliquer. Les Français et les Serbes se sont trouvés, comme nous l’avons déjà indiqué, du même côté, dans les rangs des alliés, ce qui a, par la force des choses, conditionné leur rapprochement mutuel. D’autre part, comme le souligne M. Pavlović, « la grande victoire inattendue remportée par les Serbes tout au début de la guerre sur un adversaire bien plus puissant, puis les souffrances de l’armée serbe, éveillèrent l’attention et la sympathie des Français et stimulèrent la production littéraire au sujet de leur allié petit mais brave »[21].

Dans un climat très favorable aux Serbes, créé par le combat pour la cause commune et entretenu par l’engagement de nombreux intellectuels - outre ceux déjà cités, il y a lieu de mentionner également Pierre Loti[22], le slaviste Ernest Denis et les publicistes Ferri-Pisani et Pierre Lanux - c’est naturellement la poésie populaire serbe, et surtout celle nommée « héroïque » par Vuk Karadžić, qui est devenue le centre d’intérêt. La traduction et la popularisation de cette poésie qui met en exergue le passé glorieux d’un peuple insoumis et son héroïque combat séculaire pour la sauvegarde de son identité nationale et de sa liberté, ont été en effet le meilleur moyen, d’une part, de sensibiliser l’opinion publique française et, d’autre part, de donner un soutien moral aux Serbes dans leur lutte contre les nouveaux oppresseurs étrangers.

Parmi les traducteurs et les promoteurs de cette poésie durant les premières années de guerre on note surtout A. Chaboseau, Louis Martin, Charles Foley et Philéas Lebesgue, mais la place d’honneur revient tout de même au poète Léo d’Orfer. Ce poète, qui fut l’un des fondateurs du mouvement symboliste, a entretenu une véritable passion pour la poésie populaire serbe dont il a surtout apprécié l’esprit de spontanéité et l’originalité.[23] Sans cacher son admiration pour l’art du génie collectif qui évoque, selon lui, les « rapsodies homériques », d’Orfer a écrit plusieurs articles dans les diverses revues sur cette poésie avant de publier toute une série de traductions de poèmes nationaux serbes dans La Feuille littéraire (n° 150, 1916), sous le titre en vogue à cette époque - « La Serbie héroïque ». Ajoutons enfin que ce traducteur passionné a publié aussi en 1916 un recueil, une sorte d’anthologie, intitulée Chants de guerre de la Serbie. Etudes-Traduction-Commentaires, qui représente sans doute son œuvre la plus complète et la plus ambitieuse consacrée à ce sujet.

Durant les deux dernières années de guerre, l’intérêt pour la littérature serbe reste toujours très vif. Ainsi Édouard Schuré publie dans la Revue des Deux mondes, en mars et avril 1917, une longue étude où il est question surtout de la littérature populaire, tandis que Génina Clapier a fait paraître un important recueil de poésies « héroïques » et « féminines » intitulé La Serbie légendaire (1918). Enfin, citons encore deux ouvrages, sortis à la fin de la guerre, qui ont participé à leur tour à la popularisation en France de cette littérature qui n’était d’ailleurs plus, à l’époque, une simple rareté exotique. Il s’agit du livre Poèmes nationaux du Peuple serbe d’Andjelija Jakšić et de Marcel Robert, et du recueil de poésies populaires d’Yvonne Estassy, présenté en traduction libre et publié sous le titre bien symbolique Dans l’autre patrie.

L’intérêt pour la poésie populaire serbe en France, qui a donc atteint son apogée pendant la Grande Guerre, n’a pas complètement disparu dans les années d’après-guerre. La preuve en est la parution de nouveaux recueils parmi lesquels il faut noter en particulier Les chants féminins serbes (1920), traduit par le poète Philéas Lebesgue, et Chants populaires des Serbes (1924), livre de l’historien et homme de lettres Frantz Funck-Brentano. Mais, tout en restant le domaine des spécialistes, et cela jusqu’à nos jours, l’intérêt pour cette littérature en France a cédé la place dans l’entre-deux-guerres à celui porté aux œuvres d’écrivains contemporains.

4. Les premières traductions des écrivains modernes

Bien qu’elle suive depuis le XIXe siècle tous les courants et mouvements littéraires nés en Europe, même si c’est avec un peu de retard, la littérature serbe moderne  celle que l’on appelle d’habitude « écrite » pour la distinguer de celle dite « populaire » ou « orale »  est longtemps restée complètement inconnue en France. D’ailleurs, de nombreuses œuvres classiques qui ont fait date dans l’évolution de cette littérature, et en particulier celles écrites aux époques du romantisme et du réalisme, ne sont toujours pas traduites et cela malgré l’intérêt non négligeable pour les écrivains serbes, surtout après la Deuxième Guerre mondiale et à notre époque. Attirés par la poésie populaire, son accent authentique mais aussi son exotisme, les Français n’ont commencé à s’intéresser aux œuvres des écrivains contemporains serbes qu’à la fin du XIXe siècle. Plus précisément, c’est à cette époque-là que les premières traductions de prose et des œuvres dramatiques ont vu le jour en France.

Ce sont les écrivains dits réalistes qui ont attiré les premiers la curiosité et l’attention de quelques revues ouvertes aux cultures mal connues, comme, par exemple, la Revue internationale et la Revue britannique. Ainsi, la première a publié, en 1885, la nouvelle de Laza Lazarević « Le peuple t’en  récompensera »  et, en 1887, le conte de Janko Veselinović « Sortilèges », tandis que la deuxième a présenté, sous la forme d’un feuilleton en quatre parties, le roman de ce dernier L’Histoire d’une Paysanne (1891). D’autres revues se sont, en revanche, montrées plus intéressées par des œuvres dramatiques. C’est le cas du Monde latin et monde slave qui publie la comédie de Kosta Trifković La guerre franco-prusse (1894)[24], du Monde moderne qui fait paraître la pièce de Jovan Jovanović Zmaj Vidosava Branković (1897), et de La Revue d’Europe qui fait connaître à ses lecteurs L’impératrice des Balkans (1899) de Knjaz Nikola[25]. Ajoutons encore une œuvre dramatique sortie en français à la fin du siècle : Gordana  de Laza Kostić (1891) qui fut chaleureusement accueillie par Jules Lemaitre dans le Journal des débats.

Mais si ces premières traductions, dont le nombre est tout de même peu élevé, ont ouvert une porte restée longtemps fermée, la littérature serbe moderne mettra encore un certain temps avant de la franchir. Dans la période qui suit, c’est-à-dire du début du XXe siècle au début de la Première Guerre mondiale, on compte à peine quelques traductions : trop peu pour attirer l’attention des critiques ou du public français. La présentation des écrivains serbes à cette époque s’est limitée en effet  à la publication de quelques nouvelles de divers auteurs dans la Revue slave (1906-1909)[26] et dans la collection « Les mille nouvelles nouvelles » (1911, 1912)[27]

L’engouement pour la poésie populaire, suscité par la guerre de 1914, a porté, certes, un peu de lumière également sur quelques écrivains d’importance nationale : en 1917, par exemple, fut publié, en traduction de Divna Veković, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature serbe, Les lauriers de la montagne du grand poète romantique Petar Petrović Njegoš. Aussi, faut-il souligner le rôle de plusieurs revues spécialisées qui ont commencé à paraître à cette époque, comme, par exemple, La patrie serbe et La revue yougoslave, dont le siège était à Paris, ou La Serbie et Yougoslavie, fondées à Genève. Mais, malgré leur activité, et leur rôle de promoteurs de la culture nationale en France, force est de constater que la littérature serbe moderne ne sortira de l’ombre de la littérature populaire que dans les années vingt et trente de notre siècle.

5. L’entre-deux-guerres :
l’introduction de l’appellation « littérature yougoslave »

La première présentation sérieuse des écrivains contemporains serbes, ou plus précisément des poètes, a eu lieu juste après la fin de la guerre. En 1919, Boško Tokin et Philéas Lebesgue ont pris le soin d’offrir au public français un choix de poésies écrites par les meilleurs plumes slaves du Sud, intitulé Anthologie de poèmes yougoslaves contemporains[28]. Mais la particularité de ce recueil où figurent 19 poètes ne réside pas seulement dans le fait d’avoir été la première dans ce genre de publication. En tenant compte de la formation de la Yougoslavie en 1918, les auteurs de l’anthologie ont décidé également, comme l’indique son titre, de créer un nouveau cadre et d’employer une nouvelle appellation - « yougoslaves » - pour présenter ces poèmes qui, en effet, font partie des diverses littératures nationales.

La démarche de Tokin et de Lebesgue ne restera pas bien entendu isolée. Dans la période dont il est question l’idée yougoslave triomphe et la présentation de la littérature serbe en France ainsi que celle des autres littératures nationales de Yougoslavie se fait presque unanimement sous sa lumière. La preuve en est la publication, dans les années vingt et trente, de nombreux articles et études qui se réfèrent, eux aussi, à cette nouvelle réalité politico-historique que constitue la réunification des Slaves du Sud, en oubliant parfois que les critères d’identification d’une littérature nationale ne peuvent pas être exclusivement d’ordre politique et historique. Citons, à titre d’exemple, seulement les plus importants parmi eux : Léo d’Orfer : « La Yougoslavie et ses poètes » (La Grande Revue, 1919), Pavle Popović : « Littérature yougoslave, vue générale », l’étude publiée en trois parties dans Le Monde slave en 1930, Miloš Savković : « La littérature yougoslave moderne » (1936) et Miodrag Ibrovac : « La poésie yougoslave contemporaine » (La Revue internationale des études balkaniques, 1937).

Mais l’œuvre qui a le plus compté pour l’affirmation en France de ce nouvel esprit yougoslave, ainsi que pour la promotion des auteurs contemporains chez les Serbes et les autres peuples des Slaves du Sud, est sans aucun doute l’Anthologie de la poésie Yougoslave[29] conçue par Miodrag Ibrovac, l’un des spécialistes les plus instruits des relations littéraires et culturelles franco-yougoslaves. Ce recueil ambitieux, avec une longue introduction et des notes détaillées sur les poètes qui y figurent, représente un exploit inédit jusqu’alors : en traduisant lui-même la plupart des poèmes, M. Ibrovac y a présenté un choix exhaustif de poésie des auteurs du XIXe et XXe siècles, toutes orientations confondues, où cent huit poètes ont trouvé place !

Quelques slavistes français ont également participé, de manière non négligeable, à la promotion de la littérature de ce nouvel état des Slaves du Sud. Ces spécialistes passionnés ont écrit, pendant des années et de façon continue, dans des rubriques spécialisées sur la production littéraire, sur les principaux auteurs et sur les divers aspects de la vie littéraire en Yougoslavie. Ainsi, dans les revues Mercure de France, Revue des études slaves, Les échos d’Orient ou encore dans Le Monde slave et dans L’Europe centrale apparaissent des chroniques littéraires, exclusivement consacrées aux « lettres yougoslaves » et signées Lioubo Sokolovitch (le pseudonyme de Philéas Lebesgue), André Vaillant, Louis Tesnière, S.J. Salaville et Raymond Warnier.[30]

Enfin, il n’est pas sans intérêt de noter que, pour la première fois dans l’histoire des relations culturelles entre les deux peuples, une collaboration directe entre les écrivains français et serbes se réalise justement à ce moment-là. En effet, des contacts très étroits se nouent tout particulièrement entre les poètes du mouvement surréaliste d’André Breton et les écrivains du groupe surréaliste serbe, fondé presque au même moment à Belgrade. C’est l’époque où, par exemple, les fondateurs du surréalisme serbe, Marko Ristić et Dušan Matić, participent activement aux manifestations surréalistes à Paris, tandis que Breton, Eluard et Aragon écrivent, en guise de soutien, pour la revue belgradoise Nemoguće (L‘impossible)[31]. Malheureusement, il semble bien que ni la littérature serbe en général, ni même le groupe surréaliste belgradois n’aient suffisamment profité de cette occasion pour se faire davantage connaître en France[32]. En fait, ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que le mouvement surréaliste serbe et ses rapports avec son homologue français attireront plus d’attention dans le pays d’André Breton.

Toujours présentée dans le cadre de la « littérature yougoslave », parfois confondue avec elle, parfois considérée comme l’une de ses composantes, la littérature serbe contemporaine sera, après avoir fait ses premiers grands pas en France durant l’entre-deux-guerres, de plus en plus présente sur la scène littéraire française. Certes, elle ne suscitera jamais l’intérêt durable et de grande ampleur que l’on réserve aux littératures dites « grandes », mais elle ne sera pas considérée non plus comme une rareté exotique accessible uniquement à quelques spécialistes passionnés.

                     


NOTES

[1]Mihailo PAVLOVIĆ : Témoignages français sur les Serbes et la Serbie 1912-1918, « Introduction », édition bilingue, Narodna knjiga, Beograd 1988, p. 5.

[2] Parmi les auteurs des écrits et des témoignages sur les Serbes avant le XIXe siècle, Mihailo Pavlović cite en particulier : Guillaume Adam, dominicain français et évêque de Bar et Philippe de Mézière (XIVe siècle) ; des voyageurs de la fin du Moyen Âge, Gilles le Bouvier et Bertrandon de la Broquière ; Philippe de Commynes, l’historiographe Jacques de Bourbon, l’historien Martin Fumée, le voyageur et courtisan Jean Palerne, le secrétaire de l’ambassade de France à Istanbul Le Febvre (XVIe siècle) ; deux auteurs de récits de voyage, Quiclet et Poulet (XVIIe siècle). En ce qui concerne les auteurs du XVIIIe siècle qui se sont intéressés d’une façon ou d’une autre aux Slaves du Sud et aux Serbes en particulier, Pavlović met l’accent surtout sur les écrits de grandes plumes de la littérature française de cette époque : Montesquieu, l’abbé Prévost, Voltaire et Rousseau. (M. PAVLOVIĆ : Ibid.) Voir à ce sujet aussi : Radovan SAMARDŽIĆ : Belgrade et Serbie dans les écrits des contemporains français (XVIe - XVIIe siècles), édition bilingue, Istorijski arhiv Beograda, Belgrade 1961.

[3] Cette étude est publiée sous le titre « Chants du peuple serbe » dans la revue Le Catholique fondée par le baron lui-même (n°1, février 1926, et n°2, juin 1826).

[4]  Voici comment Charles Yriarte a expliqué ce « singulier stratagème » de Mérimée : « Il imagina qu’à la suite d’un voyage dans la Dalmatie, justement aux environs de Knin ou à Knin même, il avait connu un vieux guzlar, et qu’il avait pu, grâce à sa connaissance de la langue serbe, écrire sous sa dictée toute une série de chants héroïques et familiers... » Quelques années après, toujours d’après Yriarte, Mérimée « avouait qu’ayant le grand désir de visiter la Dalmatie pour étudier la poésie slave, et n’ayant pas l’argent nécessaire pour accomplir son projet, il avait d’abord composé son œuvre, vendu son manuscrit et avait consacré la somme à faire le voyage, pour voir si le livre était exact ». (Les Bords de l’Adriatique et le Monténégro, Paris, Hachette 1878. Ici cité d’après : M. PAVLOVIĆ : Du regard au texte, édition bilingue, Narodna knjiga, Belgrade, 1983, p. 191). Signalons également que Vojislav Jovanović a fait sa thèse de doctorat sur le même sujet : La « Guzla » de Prosper Mérimée, Hachette, Paris 1911.

[5] D’après Ch. Yriarte, le recueil de Mérimée a suscité une grande émotion en France : « On goûta la saveur de ces chants d’un caractère nouveau, et les poésies slaves devinrent à la mode ». Op. cit.

[6] Paris, Librairie grecque-latine-allemande-anglaise et départementale de J. Albert Mercklein, MDCCCXXXIV.

[7] Par ailleurs, le poète s’est inspiré de la poésie populaire serbe dans son poème épique « La Chute d’un ange ». Voir : Nikola BANAŠEVIĆ : « ’La Chute d’un ange’ et la poésie populaire serbe », Revue des Études Slaves, t. XXXII, facs. 1-4, Paris, 1954, p. 34-38.

[8] Voir à ce sujet l’étude de Miodrag IBROVAC : Claude Fauriel et la fortune européenne des poésies populaires grecque et serbe, Didier, Paris 1966.

[9] Dans son deuxième livre Tableau de la Littérature du Nord, Didier, Paris 1853, Eichhoff revient aux chants nationaux serbes en les comparant aux hymnes des Bohèmes. « Ces chants de douleur et de gloire qu’elle (la Serbie) a légué à la postérité » sont les « chants sublimes par leur foi ardente et leur élan patriotique », écrit-il avant d’expliquer : ils sont « moins vifs, moins énergiques peut-être que les hymnes belliqueux des Bohèmes, mais plus profonds, plus saisissants encore par leur touchante mélancolie ». Cité d’après : Du regard au texte, p. 155.

[10] Voir : A. MICKIEWICZ : Les Slaves. Cours professés au Collège de France de 1840 à 1844, publiés d’après les notes sténographiques. Cinq volumes. Paris 1845-1849. L’édition de 1866 est intitulée : Les Slaves. Histoire et littérature des nations polonaise, bohème, serbe et russe.

[11] Cité d’après M. PAVLOVIĆ: Op. cit., p. 183.

[12] Linguiste renommé et réformateur de la langue qui, tout en publiant de nombreux écrits ethnographiques et historiques, s’est distingué en particulier par ses travaux dans le domaine de la littérature orale et du folklore serbes. Recueillant les œuvres de la littérature orale dans ses Contes (1821), ses Proverbes (1836) et surtout ses Chants lyriques et héroïques (1823-1833 ; 1841-1866), il a effectué une tâche d’importance majeure pour la littérature nationale serbe et a finalement réussi à imposer la langue parlée comme langue littéraire.

[13] M. PAVLOVIĆ : Du regard au texte, p. 166. Sur l’activité de ce slaviste voir aussi : Miodrag IBROVAC : « Auguste Dozon », Zbornik Filozofskog fakulteta, knj. IV-2, Beograd 1959, p. 45-96. Ibrovac a, entre autre, souligné la grande qualité des traductions de Dozon et, en particulier, la pertinence de ses analyses, exposées dans l’introduction du deuxième recueil, qui représentent, selon lui, la plus complète et la meilleure prestation de la poésie épique serbe en France jusqu’à nos jours.

[14] Courière a considéré La bataille de Kossovo comme « la plus belle épopée serbe ». « Cette pièce, par sa simplicité, la grandeur de caractère et le profond sentiment national qui y règne », souligne-t-il, «  ressemble à une épopée antique ». In : L’Histoire de la littérature contemporaine chez les Slaves, G. Charpentier, Paris 1879. Ici cité d’après : Du regard au texte, p. 197.

[15] « Chez les Serbes au moins », explique-t-il, « l’histoire et la poésie se tiennent si étroitement, qu’il suffit de lire leurs chants nationaux pour savoir tout ce qu’ils ont aimé, tout ce qu’ils ont haï, tout ce qu’ils ont souffert. Leurs annales sont des chansons... ». In : Études contemporaines sur l’Allemagne et les pays slaves, Charpentier, Paris 1856. Ici cité d’après : Du regard au texte, p. 161.

[16] In : La Serbie. Kara-George et Milosch, Didier et C-ie, Paris 1872. Ici cité d’après : Du regard au texte, p. 184.

[17] Voici à titre d’exemple l’une de ses réflexions, exprimée au sujet de cette poésie : « C’est comme l’histoire du peuple serbe, pleine de tristesse et pleine d’espérance ; c’est leur Iliade, leur Odyssée et leur Romancero ; c’est aussi une anthologie parfois et une idylle, un épithalame ou une chanson, le reflet de la vie du Slave, son histoire en vers, le récit de ses légendes et la glorification de ses héros ». In : Les Bords de l’Adriatique et le Monténégro. Ici cité d’après : Du regard au texte, p. 190.

[18] Voir à ce sujet l’étude de Mihailo PAVLOVIĆ : Jugoslovenske teme u francuskoj prozi (Les Thèmes yougoslaves dans la prose littéraire française), Institut za književnost i umetnost, Belgrade 1982.

[19] L’intérêt pour les Serbes, ce poète l’a exprimé aussi dans sa nouvelle « L’Otmika » et dans son roman érotique Les Onze mille verges (1907). Plus tard, pendant la guerre, il prendra partie pour les Serbes en dénonçant en particulier « les persécutions autrichiennes et bulgares » contre leur littérature. (Mercure de France, 16 octobre 1917)

[20] Certains auteurs ont déjà affiché cette image dans les titres de leurs écrits. Ainsi, sous le titre L’Héroïque Serbie sont publiés, par exemple, le livre d’Henri Lorin, professeur à la faculté de lettres à Bordeaux, en 1914, l’étude du byzantologue renommé, Charles Diehl, parue dans Lectures pour tous, 1er février 1915, et le livre du colonel Bujac (1917). Par ailleurs, l’épithète « héroïque » se trouve inclut également dans le titre du livre de Charles Guyon, Les Serbes héroïque. Un contre dix (1915), tandis que le poète Jean Richepin parle des Serbes comme de « grand ‘petit peuple ’ » dans son œuvre Prose de guerre (Août 1914-1915).

[21] M. PAVLOVIĆ : Témoignages français sur les Serbes et la Serbie 1912-1918, p. 25.

[22] Cet écrivain a publié plusieurs articles où il a exprimé ses sympathies à l’égard des Serbes, comme, par exemple, « Pour la Serbie », Le Figaro, 14 août 1914, « La Serbie pendant les guerres balkaniques » (inclut dans le livre L’Hyène enragée) ou encore « L’horreur allemand en Serbie » (in : L’horreur allemand, 1918).

[23] « Cet esprit poétique spécial, longtemps maintenu en état de primitive naïveté, chez les Serbes, est une chose fort rare et peut-être unique dans le monde et dans l’histoire », dit-il dans un de ses commentaires avant de préciser : « Les idées, les sujets, la versification et la langue tout est resté absolument national. Pas d’invasion, même morale, d’une mythologie, ou d’une religion ou d’une histoire étrangère. La poésie serbe a fleuri sur une seule tige droite : aussi son originalité et sa saveur de terroir sont-elles absolues ». Cité d’après : Les témoignages français sur les Serbes, pp. 194-195.

[24] Deux comédies de Trifković ont encore été publiées en français, en 1879, dans la Revue slave de Varsovie : Moitié eau, moitié vin et Le Billet doux. Leur traducteur, le slaviste Céleste Courrière, a publié également à cette occasion une étude consacrée au théâtre serbe.

[25] Un extrait de cette pièce a été, en effet, déjà publiée en français dans une autre traduction, et inclus dans le livre d’abbé Bauron Les rives illyriennes (1888) où l’auteur donne une place importante également à la poésie populaire serbe. Voir : L'Abbé Pierre Bauron, Les rives illyriennes. Istrie, Dalmatie, MonténégroRetaux-Bray, Paris, 1888, p. 403-408.

[26] A côté de la prose de L. Lazarević « Le peuple t’en récompensera », les nouvelles suivantes ont trouvé place dans cette revue : « Gordé, ou comment la Monténégrine aime » de S. M. Ljubiša, « La veille de l’Épiphanie » de S. Ćorović et « Un miracle » de M. Živković.

[27] Les cinq nouvellistes y ont été représentés : L. Lazarević : « Stana », J. Veselinović : « Preslava », S. Ćorović : « Le rêve de Meho », S. Vuletić : « Un matin » et I. Vojnović : « La sirène ».

[28] Édition de la Revue littéraire des Primaires « Les Humbles », Paris 1919.

[29] Librairie Delagrave, Paris 1935.

[30] R. Warnier a même réuni ses articles et les a fait rééditer sous la forme d’un livre, intitulé Notes de civilisation yougoslave, Paris 1934.

[31] Voir à ce sujet, entre autre, Dušan MATIĆ : André Breton oblique, Ed. Fata Morgana, 1976; et « Un surréaliste à visage yougoslave », entretien avec D. Matić, propos recueillis par Gérard de Cortanzé, Les Nouvelles littéraires, 18 août 1977, p. 4-5.

[32] Parmi les rares articles publiés entre les deux guerres sur le surréalisme serbe, notons en particulier celui du Raymond WARNIER : « Le modernisme dans la littérature yougoslave de ce temps. L’expérience surréaliste », L’Europe centrale, 22 avril 1933.

 Date de publication : janvier 2013