Choisir : extrait

 

 

 

 

 

 

Jefimija_-_Pohvala_knezu_Lazaru

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE SERBE MÉDIÉVALE

Traduction, choix et introduction : Boris Lazić

Anthologie de la poésie serbe médiévale est, dans l'état actuel, "un projet en chantier" qui devrait prendre sa forme finale dans l'avenir. Les traductions des poèmes ici présentées ne sont que ses "pierres angulaires" qui, toutefois, devraient donner une idée de l'ensemble.


SOMMAIRE  

> Introduction 

Le regard rivé vers l’éternité

> Saint-Sava

Des tourments
De l'esprit
Office pour Saint Siméon

> Stefan Prvovenčani

Prière à Saint Siméon
Chant à ta louange

> Atanasije

Ô divine et aimable...

> Pandeh

On clame son nom...

> Le Tsar Stefan Uroš V 

Pour que ne me consume du péché le feu

> Jefimija / La Despote Jelena

Regret après le jeune Uglješa

> Isaija le moine

Suite à l'assasinat du despote Uglješa

> Moine de Rila

L'étroit tombeau

> Jakov Serski

[Ô Sinaï, ô lumière...]

> Pahomije

Pahomije la mauvaise herbe

> Siluan

[Fuyant la gloire...]

> Rajčin Sudić

[Seigneur, pardonne-nous...]

> Le Patriarche Jefrem

Canon de prières pour
le despote Stefan Lazarević

> Stefan Lazarević

Dit d'amour
... Sur une stelle de marbre au Kosovo

> Djuradj Zubrović

Inscription sur la stelle funeraire
du despot Stefan 

> Dimitrije Kantakuzen 

L’impénétrable est de toute part

> Teodor Ljubavić

[… Et où pourrait-on fuir...] 

> Le moine du Mont Athos

Aujourd’hui je meurs

> * * *

Stèle 

 

INTRODUCTION

Le regard rivé vers l’éternité

La poésie serbe médiévale s’ancre dans l’héritage biblique, syriaque et byzantin du chant religieux. Héritière de la poésie liturgique copte, arabe et grecque orthodoxe de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age, composée afin de servir les besoins du rite chrétien orthodoxe, afin d’être écoutée et chantée pendant les offices, cette poésie repose sur une pensée idéaliste, sur un sentiment religieux du monde et représente sa plus parfaite expression littéraire et scénique. Le corps central de cette poésie est l’office qui célèbre et glorifie Dieu, la Création et la figure rédemptrice du Christ.

Cette poésie exprime l’essence d’une vision du monde : elle prend corps dans une représentation de type rituel (à l’office se joignent le chant, l’image, les parfums et la gestuelle sacrée au sein d’une forme architecturale qui exprime l’élévation de la création vers le créateur, c'est-à-dire l’architecture ecclésiastique de type byzantin ), au service d’une pensée et d’un sentiment universaliste, chrétien. Sur le plan formel, parallélisme, énumération, refrain bibliques élaborent des canons complexes dédiés à la gloire de Dieu, du Christ, de la mère de Dieu, aux souverains et prélats de l’État et de l’Église. Au mysticisme de nature religieuse se joint un sentiment mystique de l’idée de l’État, de la pensée dynastique, car l’ensemble de la littérature serbe médiévale représente un corpus littéraire spécifique qui célèbre la royauté serbe. Les chants des offices participent à cette louange du monde créé, divin, idéal, aussi bien qu’à la glorification de la grandeur étatique qui rend compte de la création et de la grâce dans le réel, dans l’histoire des hommes. Au cœur de cette idéologie préside ainsi l’idée de symphonie entre la sphère sacrée (l’Église) et la sphère profane (l’État). [...] >Texte intégral<

 

 

SAINT SAVA / САВА НЕМАЊИЋ 
(1175 –1235)

SvetiSavaMileseva_120

Saint Sava
fresque, Mileševa,
avant 1228

 

DES TOURMENTS

Je me mélangeais aux bêtes insensées
et devenais leur égal,
étant pauvre en actions de grâce
mais riche en passions,
empli de honte, dépourvu de la Divine liberté,
de Dieu condamné,
des anges éploré,
étant la risée des démons,
démasqué par ma conscience,
confondu par mes actions mauvaises.

J’étais mort bien avant la mort,
je me condamnais bien avant la Condamnation,
avant l’infinie torture
je me torturais jusqu’au désespoir.


DE L’ESPRIT

Que notre esprit
se porte vers les cieux,
vers les édéniques beautés,
les demeures éternelles,
cette vie-là…

Quelle assemblée cela va-t-il être !
Quelle multitude de gens
depuis Adam jusqu’à la fin des temps !...

C’est pourquoi,
mes chers frères,
il nous faut être dans l’affliction
et s’imaginer dans cette vie
comme étant ceux qui sont en dehors du monde,
comme étant ceux dont la vie est
aux cieux.


OFFICE POUR SAINT SIMEON

*

Ô saint père,
tu trouvas la bonne échelle
par laquelle vers les hauteurs tu t’élevas,
par laquelle Elie acquérait le char de feu,
mais lui ne laissa à d’autres l’ascendance
alors que toi suite à ta mort
montras la voie aux tzars de ta patrie,
homme céleste,
ange terrestre,
phare de ta patrie,
ô Siméon le bienheureux,
prie pour le salut de nos âmes !

*

Bâtisseur de la voûte céleste,
Seigneur, de l’église le créateur,
affermis-moi dans ton amour,
cime de toutes les aspirations, des fidèles la fortification,
unique philanthrope !

Ouvrier de l’église de Dieu, tu répondis au Christ
et t’établis dans la Sainte Montagne,
ô saint père,
irradiant de la lumière des bonnes actions
tu regardes le Saint, ô Siméon, porteur de Dieu !

Embrassant entièrement la vie spirituelle,
Tu demeurais en dehors du monde et de la chair,
ô porteur de Dieu,

C’est pourquoi tu reçus la gloire de la sagesse
Et l’éternelle, ô père, communion.



STEFAN PRVOVENČANI / СТЕФАН ПРВОВЕНЧАНИ

(1165-1227)

 

Stefan_Prvovencani_-_Projekat_Rastko

Stefan Prvovenčani
fresque, Mileševa,
avant 1228

 

PRIERE A SAINT SIMEON


Ne m’oublie pas,
moi, qui suis indigent !

Ne m’oublie pas,
Moi qui me suis couvert d’impiété !

Ne m’oublie pas,
Moi qui me vautre dans la délicieuse fange,
et tends ta sainte main droite
par laquelle tu me bénissais
en cette vie illusoire
et m’apprenais, en m’invitant
à suivre tes pas,
quand bien même m’en montrerais-je indigne,
même vain,
même inutile !


CHANT A TA LOUANGE

Réjouis-toi, ô mon Seigneur,
mon début et ma fin,
mon saint protecteur.

Réjouis-toi, berger débonnaire
des brebis avisées du Christ,
Fais-moi paître le troupeau
que le Seigneur acquit
par ton noble sang.

Réjouis-toi, ô fleur au clair visage,
armé en armes invincibles
par la puissance de la croix,
afin de défendre ton troupeau des loups
qui en tous temps
sur lui fondent.

Réjouis-toi, maître de l’Alliance nouvelle,
qui n’enseignas point à la manière de Moïse
mais en disciple de Paul
et plantas parfaitement tes enseignements
dans nos esprits.

Réjouis-toi, ô sanctifié,
des vieillards le guide,
défenseur des veuves
et des pauvres le gardien.

Réjouis-toi, éducateur vertueux de la jeunesse,
maître qui incite au surpassement de soi.
Réjouis-toi, aide prompte au cœur de la bataille.
Réjouis-toi, vainqueur des ennemis barbares.

Réjouis-toi, échelle
qui élèves tes enfants et tes hommes
vers les demeures célestes
et les pais sur un pré spirituel.

Réjouis-toi, parure belle des prélats
et couronne de justice qui point ne se flétrit.
Réjouis-toi, ô toi qui parmi les apôtres sièges
et parmi eux prêches et enseignes.
Réjouis-toi, émule pâtissant des martyrs
qui avec eux reçoit la louange.

Réjouis-toi, œil alerte des moines,
merveilleux maître
et règle inexprimable.

Réjouis-toi, consolation des anachorètes,
silence de ceux qui se font moines.
Réjouis-toi, ô redresseur de nostorts.
Réjouis-toi, ô toi qui rends pur de l’impiété.

Réjouis-toi, havre de paix
à tous ceux qui sont sur les eaux.

Réjouis-toi, ô libérateur des chaînes du péché.
Réjouis-toi, ô chemin qui mène aux cieux.
Réjouis-toi, ô pont qui mène à la vie éternelle.
Réjouis-toi, ô source intarissable.
Réjouis-toi, ô eden qui demeure,
admirable et splendide.
Réjouis-toi, fleur du verger céleste.
Réjouis-toi, forteresse intellectuelle de ta patrie.

Réjouis-toi, ô vigne très fertile,
d’où abonde à flots notre joie.

Réjouis-toi, ô grappe mûre
d’où abonde un vin doux
qui emporte l’ivresse du péché.

Réjouis-toi, mon saint seigneur,
et réjouis-toi encore,
à jamais heureux
auprès du trône de ton seigneur.

Et daigne te souvenir, ô très saint,
de moi, Stefan pécheur,
ton serviteur.

 

 


ATANASIJE  / АТАНАСИЈЕ 
(XIIIe siècle)

Ô divine et aimable,
sainte et douce voix,
ô Sava, (de Dieu le messager) !
Tu nous promis en vérité parmi nous de demeurer
jusqu’à la fin du monde,
ô Sava, à la divine beauté,
Nous, tes enfants chéris,
t’ayant auprès de nous
comme vertu et espoir pour un dessein divin,
nous nous réjouissons.
Quel miracle plus lumineux que tout autre miracle,
ô frères stupéfaits et remplis d’inexprimable admiration !
Ô l’immense puissance de Dieu
et miracle innomé
de voir que celui qui Dieu aime
et accomplit Sa volonté
la tombe ne détruit
ni qu’il peut être porté par la terre.
De son vivant déjà
la haute mer elle-même
le servait.
Et suite à sa mort la terre ne toucha point
à son divin corps.
Qui plus est, tel un lis à l’agréable parfum,
à travers ses parfums une grâce s’épand
de sa jeunesse éclose.
Et selon les dires des prophètes :
son corps ne vit point de putréfaction.

 



PANDEH / ПАНДЕХ 
(XIIIe siècle)


ON CLAME SON NOM PARMI
LES PEUPLES ALENTOUR


Rome est mûre, et sa maturité est sa chute,
son péril et sa chute.

Byzance est une ville.
Constantin vint de Rome
et reçut Byzance
qu’il fendit et démolit
puis rebâtit
et baptisa
après réédification –
Constantinople.

Et les Romains y régnèrent
Jusqu’au Seigneur Basileus Manuel :
ils n’y règneront plus
jusqu’au terme des jours de colère.

Jérusalem, ville sainte au règne éphémère,
périt avant toute autre ville et n’est plus.

Provoquant le dragon en son gîte,
mais ne pouvant sauver la ville des incendies du dragon,
le martyr Saur lui-même
prie pour elle,
oh, amertume sur amertume,
famine sur famine.

Damas et Varve en deviennent plus humbles,
leurs habitants plus modestes
et s’en consolent.

Babylone, assemblée des peuples,
se lamente et pleure
car elle reçoit en partage l’affliction et la tristesse.

Et il ne reste trace de l’Idumée
au peuple barbare.

Brûle le désert d’Egypte,
incendies et veuvages sont son partage.

Liver, Kalinija et Zaharija,
Ugadanija, Kalavrija
l’ensemble de ces contrées
sont brûlées et décimées par le feu
l’Inde s’assemble et gronde

Le Tartare est une grande rivière,
on la nomme ainsi
du nom de la ville qu’elle traverse.
C’est pourquoi les peuples de Chaldée
Se nomment Tartares.
Deux épées, par deux fois déciment cette terre,
car leur furie doit par deux fois
la terre décimer.

Les Kumans n’ayant été nulle part ont trouvé la mort.

Les Russes s’enfuient et se dispersent tels des loups.
Punis de manière féroce,
ils fondent comme la cire sous le feu.

Andrinople tombe fauchée par la famine
et devient amère.

Le règne Hongrois fut bref.

Le Serbe, bien qu’en petit nombre,
s’arme néanmoins,
et fait d’abord la paix avec le grand empereur
pour ensuite se lever contre lui
et le vaincre tel Josué
Amalécites et Gabaonites.
On clame son nom
Parmi les peuples alentour.

Le Bulgare est jeune.
Et lorsque deux se font la guerre,
le troisième sort vainqueur.

Changer d’Empire revient à la jeunesse.

 

 


LE TSAR STEFAN UROŠ V / ЦАР СТЕФАН УРОШ  V        
(1366-1371)

UrosV-fresque

Stefan Uroš V
fresque, Eglise de Psača,
entre 1365 et 1371

POUR QUE NE ME CONSUME DU PECHE LE FEU

Ô souveraine souvent louangée,
dame gardienne et protectrice,
roc de la chrétienté, espoir,
tu es la certitude de ceux qui point n’espèrent,
c’est pourquoi moi aussi, ton serviteur, le tsar Stefan Uroš,
je présente en offrande ces maigres présents
et m’en remets à toi,
priant pour ton aide et ton intercession,
afin que tu me délivres des éternels tourments,
afin que tu sois ma gardienne et protectrice
au jour du Jugement terrible et dangereux,
et me couvre sous l’abri de ton aile,
pour que ne me consume du péché le feu.
Et je te présente mes offrandes.

 


JEFIMIJA (nom monastique) / JЕФИМИЈА                     
LA DESPOTE JELENA  / ДЕСПОТИЦА ЈЕЛЕНА                  
(vers 1349 - vers 1405)

Jefimija Ugljesa

Vers de Jefimija
diptyque en argent (détail)
entre 1368 et 1371

REGRET APRÈS LE JEUNE UGLJEŠA


Petites icônes, mais d’un prix inestimable,
qui portent les visages du Seigneur
et de la très pure mère de Dieu
et que le grand et saint homme
offrit au jeune garçon
Uglješa Despotović.

Sa jeunesse immaculée
a rejoint la céleste famille,
son corps, on l’a déposé dans la tombe
édifiée par les aïeux
en raison de la faute originelle.

Fasse, Seigneur Jésus-Christ,
et toi aussi, très pure mère de Dieu,
que sans cesse j’ai à l’esprit le trépas,
moi qui en fut le témoin chez ceux qui m’ont mis
                                                                                 au monde
et chez celui qui de moi naquit,
après lequel incassemment brûle
en mon coeur la tristesse
d’une mère vaincue par l’affliction.

 


ISAIJA LE MOINE / ИНОК ИСАИЈА          
(XIVe siècle)


SUITE A L’ASSASSINAT DU DESPOTE UGLJEŠA


Suite à l’assassinat de ce preux de valeur,
le despote Uglješa,
les Ismaélites essaimèrent
et survolèrent l’entier pays chrétien
tels des oiseaux de proie,
saignant les uns,
soumettant d’autres à l’esclavage,
alors que ceux qu’on épargnait étaient emportés
par des morts malheureuses,

et que les survivants se mouraient de faim.

Ô, quel misérable spectacle ce fut alors :
un pays dévasté où ne restaient
ni les hommes, ni les animaux, ni les fruits.

Il n’y avait ni dirigeant ni prince
ni d’enseignant parmi les hommes,
ni de libérateur,
ni de sauveur,
car tout baignait dans la peur de l’Ismaélite
et les cœurs des hommes de courage
se transformèrent
en cœurs des femmes les plus faibles.

C’est en ce temps-là,
je pense,
que le septième rang de la seigneurie serbe
toucha à sa fin.

Et, en vérité,
c’est alors que les vivants envièrent
les morts.


MOINE DE RILA                                       
(XIVe siècle)


L’ETROIT TOMBEAU


La tombe à présent mort te contient, ô césar,
toi qui jusqu’à hier discourais avec nous.
Quelle merveille épouvantable, quelle glorieuse vision !
Toi, qui fus tel un soleil et dont le titre est magnificent,
homme héroïque qui se prouva dans le bien,
tu es couché tel les morts dans l’étroit tombeau !
Hélas, hélas, comme sans voix tu demeures,
défiguré et sans la vue,
sans esprit entièrement !
tu péris doublement par ton engourdissement,
ô césar extraordinaire !
Ton épouse, digne de louanges,
ne t’ayant plus auprès d’elle tel que tu étais,
pleure et souffre doublement,
pleure amèrement, vaincue par la tristesse.
Voyant ceci, ô frères,
Portez ardemment vos pensées vers celui qui ci-gît,
car il fut si grand dans les deux,
et se fit si étroit dans cette petite tombe.
Faites tout afin qu’il y demeure bien.
En l’an 6851, indict 11,
au jour 27 du mois de décembre
est mort le glorieux césar
Stefan Hrelja Dragovolja,
du nom monacal de Hariton,
fondateur de cette sainte Église.

 

 


 

JAKOV SERSKI / ЈАКОВ СЕРСКИ                             
(XIVe siècle)


Ô Sinaï, ô lumière de ma luminescence,
Ô Sinaï, ô l’ardeur de mon désir de toi,
Ô feu qui brûle, mais ne se consume point,
Protège-moi de l’éternel feu.

 

 


PAHOMIJE / ПАХОМИЈЕ                 
(XIV e siècle)


PAHOMIJE LA MAUVAISE HERBE

Pahomije le pécheur
Pahomije la terre
l’herbe Pahomije
Pahomije la mauvaise herbe.

Mon péché toujours est devant moi.

Sur la couche allongé,
pense à ta tombe,
écrie-toi.
Que la frayeur et la crainte t’arrachent à tes péchés.

Ô Dieu, pardonne à l’âme pécheresse de Pahomije.

 

 


SILUAN / СИЛУАН                               
(XIV e siècle)

Fuyant la gloire, c’est la gloire que tu trouvas, ô Sava,
là d’où la gloire au peuple s’annonça.

Du peuple lumière de la foi, tu méprisas la lumière
afin qu’en toute chose au peuple, lumière s’annonçât.

La haute dignité de l’esprit, la dignité révoqua
et ainsi acquit, par l’esprit, un bien plus élevé.

Le dit de gloire de Sava tissa Siluan.

 

 


RAJČIN SUDIĆ / РАЈЧИН СУДИЋ                             
(XIVe siècle)


Seigneur,
pardonne-nous d’avoir,
bien qu’indignes et pécheurs,
porté vers le ciel nos regards,
car nos âmes sont inquiètes jusqu’à la mort :
(par le) Christ roi,
bien qu’innocents,
césar nous garda dans le donjon cinq mois durant !

Oh, oh que je fus triste en ce confinement
et cette puanteur,

Tristesse, tristesse infime !
Je n’ai personne d’autre à qui le confesser,
sinon à toi, Kosenica,
Mère de Dieu.

Délivre-moi du danger,
(car je n’ai commis aucune infidélité,)
le Christ le sait.


 

LE PATRIARCHE JEFREM / ПАТРИЈАРХ ЈЕВРЕМ   
(XIVe siècle)

CANON DE PRIERES
POUR LE DESPOTE STEFAN LAZAREVIĆ

Ô vierge immaculée, du Christ la mère,
préserve ton troupeau dans la détresse.

Car nous voici tout à fait lésés et humiliés
par les envahisseurs étrangers et les attaquants féroces.
Et il n’est nul autre salut qu’en toi, ô Mère de Dieu,
rabaisse, ô mère du Christ tzar et Dieu,
rabaisse promptement leur orgueil
et redonne vigueur au despote Stefan.
Car, puisque tu es libre telle une mère auprès de son fils,
nous, tes serviteurs, fondons sur toi notre espoir.

*

Emplis de toute joie du despote le cœur,
et donne à ses soldats et à ses hommes, ô tzar,
une paix profonde,
fertilité à la terre
et le salut
à tous ceux qui ta louange chantent.

*

Du fond du cœur, voici, nous crions
vers toi, ô Vierge, l’unique :
prends pitié, ô Reine, de tes serviteurs
et offre, nous t’en prions,
la victoire au despote Stefan
sur ses ennemis.

*

Pose sur nous ton regard compatissant,
ô tzar universel,
et donne de l’audace au despote Stefan
face aux barbares impies et infâmes,
que chacun voie que tu es avec lui,
que de ton peuple tu es l’intercesseur.

Revêts, ô Christ, notre despote
du vêtement d’incorruptibilité et de joie,
et donne-lui la victoire,
ô glorifié, face à ses ennemis,
Seigneur et Dieu béni de nos pères.

Revêts entièrement, ô Christ philanthrope,
de honte les Ismaéliens,
et brise l’orgueil de nos ennemis,
qu’ensemble soient couverts d’opprobre et de honte
ceux qui enragent contre nous.

Jamais nous ne cesserons,
ô Vierge immaculée, de t’implorer,
afin que tu prennes en pitié et sauves tes serviteurs,
ainsi que Stefan le despote,
et préserves indemnes ses soldats,
offrant au monde la paix.


STEFAN LAZAREVIĆ /   СТЕФАН ЛАЗАРЕВИЋ        
(1377 – 1427)

 

Stefan_Lazarevic

Stefan Lazarević
fresque, Manasija, 1418

 

LE DIT D’AMOUR


Du despote Stefan
au plus doux, au plus cher,
à l’inséparable de mon cœur,
que je désire ardemment, beaucoup,
au riche en sagesse,
à l’ami de mon royaume
(ayant dit son nom),
ce baiser affectueux, dans le Seigneur,
ainsi que l’intarissable don de notre miséricorde.

2.

Le Seigneur créa le printemps et l’été
comme le dit le psalmiste,
et nombre de merveilles en leurs seins :
aux oiseaux un vol rapide et plein de joie,
les cimes aux monts,
le merveilleux écho des sons divers
par l’air invisible,
les fruits de la terre,
qu’ils soient fleurs ou agréables parfums, et la verdure ;
mais le renouvellement et la joie
de l’homme lui-même
qui pourrait l’exprimer avec dignité ?

3.

Mais tout cela
et d’autres divins miracles,
que pas même l’esprit perçant
embrasser ne saurait
est surpassé par l’amour,
ce qui n’est point étonnant,
puisque Dieu est amour,
comme le dit Jean Boanergès.

4.

Il n’y a pas de place pour le mensonge dans l’amour.
Caïn, à l’amour étranger, dit à Abel :
« Allons aux champs ».

5.

Sévère et d’un vif courant est l’œuvre d’amour,
elle surpasse toute vertu.

6.

De manière belle le pare David, disant :
« C’est comme l’huile qui, répandue sur la tête,
descend sur la barbe d’Aaron.
C’est comme la rosée de l’Hermon, qui
descend sur la montagne de Sion. »

7.

Jeunes hommes et jeunes filles
aptes à l’amour,
aimez l’amour,
mais de manière vraie et irréprochable,
pour ne point violer vos jeunesse et virginité
par lesquelles notre nature
au divin adhère,
et de n’être divinement désapprouvés.
Car l’apôtre dit :
n’attristez point l’Esprit Saint,
le signe que vous avez en public
par lui reçu lors du baptême.

8.

Nous avons été ensemble, camarade du camarade proche
par l’esprit ou par le corps,
mais sont-ce les monts, sont-ce les rivières
qui nous ont séparés,
pour que David s’écrie : « Montagnes de Guilboa !
Qu'il n'y ait sur vous

ni rosée ni pluie, car vous n’avez su préserver
Saül et Jonathan. »

Ô, candeur de David,
entendez-vous, ô rois, entendez-vous,
est-ce Saül que tu pleures, ô trouvé ?
Car j’ai trouvé, dit le Seigneur,
un homme selon mon cœur.

9.

Que les vents luttent avec les rivières
et qu’ils les assèchent,
comme la mer pour Moïse,
comme pour Josué le juge,
le Jourdain pour l’Arche de l’Alliance.

10.

Et qu’à nouveau on s’assemble,
qu’à nouveau on se rencontre
pour ne faire plus qu’un dans le Christ,
à qui seul est la gloire
avec le Père
et l’Esprit Saint
pour les siècles des siècles,
amen.


CES MOTS FURENT INSCRITS
SUR UNE STELE DE MARBRE AU KOSOVO


Ô homme qui arpentes la terre serbe,
que tu sois un étranger ou un de ses habitants,
qui que tu sois,
lorsque tu viendras sur ce champ
nommé Kosovo,
partout alentour tu verras les os des morts
mêlés aux roches
et moi-même, stèle funéraire,
étendard victorieux,
m’élevant au milieu du champ.
Ne passe point sans m’apercevoir,
fasse que je ne t’échappe comme une chose
qui serait de peu de valeur et vaine,
mais viens à moi,
rapproche-toi, affable,
et considère mon offrande de paroles,
d’où tu saisiras la raison,
la manière et le pourquoi de ma présence.
Car je te dirai la vérité
non moins que ceux qui ont une âme,
et te conterai l’essence
des faits passés.

Ici vivait un grand autocrate,
merveille de la terre et monarque serbe
du nom de Lazar, un grand prince,
stèle inébranlable de la foi,
océan du sain raisonnement et d’une profonde sagesse.
Esprit de feu, protecteur des étrangers,
des affamés le nourrisseur et miséricordieux envers
le pauvre,

consolation et miséricorde des attristés,
qui aimait selon la mesure du Christ.
A lui venaient de leur propre volonté
et qui plus est avec tous leurs hommes,
les gens innombrables
que régissait sa main.

Des hommes bons, des hommes vaillants,
en vérité des hommes en parole et en action,
vêtus d’or et parés de pierres précieuses,
brillants tels des étoiles lumineuses,
tels la terre parsemée de fleurs.
Les chevaux, choisis et innombrables,
avaient des selles en or.
Ces cavaliers étaient en tout point les plus beaux,
les plus admirables.

Des plus nobles et des plus glorieux,
tel un bon berger et seigneur,
il mena sagement ces brebis spirituelles
afin qu’elles puissent bien périr en Christ,
recevoir la couronne des martyrs
et participer à la gloire céleste.
Ainsi, d’un commun accord, cette innombrable multitude,
avec le bon et grand seigneur
à l’âme courageuse et la foi inébranlable,
s’élança vers l’ennemi
comme vers une salle des fêtes et vers un banquet
et, écrasant le vrai serpent,
tuant la bête féroce et le grand ennemi,
le gosier d’enfer inassouvissable,
c'est-à-dire Amurat et son fils :
de serpent et d’aspic la progéniture,
bâtard d’un lion et d’un dragon,
et tuèrent autour d’eux un bon nombre d’autres.

Etrange sort que Dieu lui réserve !
Les mains sacrilèges des agharéens
emprisonnèrent le héros martyr –
le grand seigneur Lazar
reçut heureux les lauriers du martyr,
et devint un témoin du Christ,
car aucun autre ne le perça, ô frères,
sinon le fils d’Amurat, d’une main meurtrière.

Et tout ceci s’accomplit
en l’an 1389,
au moi de juin, le quinzième jour, un mardi,
à l’heure septième ou huitième,
je ne sais – Dieu le sait.

 


ĐURAĐ ZUBROVIĆ /  ЂУРАЂ ЗУБРОВИЋ  
(XIVe – XVe siècles )

INSCRIPTION SUR LA STELE FUNERAIRE
DU DESPOTE STEFAN
DANS LE VILLAGE DE MARKOVAC EN L’AN 1427

Le très débonnaire, doux
et aimable Seigneur Despote !

Ô, pire encore à celui qui le vit
à cet endroit,
mort !

 

 


DIMITRIJE KANTAKUZEN /                                          
ДИМИТРИЈЕ КАНТАКУЗЕН    
(1435–fin XVe siècle)

 

L’IMPENETRABLE EST DE TOUTE PART

Séparés de la puissance de vie –
l’impénétrable est de toute part,
tristesse inconsolable.
Là point de curateur,
point de prochain.

Lorsque, saisi de fréquents
et secs soupirs,
lorsque l’incendie
embrasera ton for intérieur jusqu’à la déchirure –
du fond du cœur tu pousseras un soupir
mais ne trouveras de consolateur.

 

 


TEODOR LJUBAVIĆ / TEOДОР ЉУБАВИЋ        
(XVIe siècle)


… Et où pourrait-on fuir
ou se cacher ?

La terre et le ciel,
le soleil et la lune,
les étoiles et la mer,
les rivières et les abysses
veulent me dévorer…


LE MOINE DU MONT ATHOS / МОНАХ СА АТОСА   
XVIe siècle

Aujourd’hui je meurs,
je me couvre de poussière,
je me revêts d’un inaudible habit
et chevauche un cheval de bois.
On me bâtit une demeure privée de fenêtres,
« tu l’habiteras » m’a-t’on dit.

Réjouissez-vous des naissances,
lamentez-vous des départs,
pleure, toi qui mets au monde – chante, toi
qui reçois !

Ma mère m’enfante,
la terre me dévore.

À vous par des soupirs je parvenais,
sans râle vous quitterai
(Ô, amis, je vais partir
Pour ne plus vous revenir !).
J’escomptais vieillir,
Auprès de vous me réjouir,
Mais la mort est sans largesse,
et n’attend point la vieillesse
(elle n’accepte nulle offrande,
il n’est nul péché qu’elle ne réprimande)
car celle-ci n’épargne ni les rois pour leurs royaumes,
ni les riches pour leurs richesses,
celle-ci les mères afflige,
et blesse les cœurs dans leur jeunesse,
car rien elle ne caresse,
tout elle agresse.

 


 

STELES                                                                             

*

Ci-git Dragaj –
Au bout du compte –
Rien

*

…Vous allez être ce que je suis,
je ne serai plus ce que vous êtes.

 


 

 

 

 

 

 

 

Jefimija_-_Pohvala_knezu_Lazaru