Laza_Kostic

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En mémoire de Ruvarac
Santa Maria della Salute

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      Parmi le réve et le réveil
En mémoire de Ruvarac
Santa Maria della Salute

Poète, dramaturge, traducteur littéraire, journaliste, philosophe et diplomate, Laza Kostić, juriste de formation, est la figure la plus achevée du romantisme serbe. Un des membres les plus agiles du mouvement romantique qui embrasse alors l’action poétique, théâtrale et plus étroitement politique, Laza Kostić participe de toutes ces mouvances, de même qu’il appartient à toutes les sociétés serbes de son temps : Voïvodine natale, principautés de Serbie et de Monténégro. Poète érudit qui atteint tôt à la maturité, il développe une pensée dont l’unité essentielle s’exprime par diverses formes littéraires. Adulé par sa génération puis vivement contesté par la critique positiviste, il sera, après sa mort, porté aux nues par ses successeurs – les poètes modernistes – qui verront en lui l’un des fondateurs de la poésie serbe moderne.

Il est né en 1841 à Kovilj, en Šajkaška, dans les Marches militaires de ce qui, dès 1848, devient la Voïvodine de Serbie (Duché de Serbie), Empire d'Autriche. Son père est militaire de carrière. Après des études secondaires aux Lycées de Novi Sad, Pančevo et Budapest, il effectue des études de droit à Budapest où il obtient un grade de Docteur.

Laza Kostić poursuit en parallèle deux carrières : l'une est littéraire, l'autre politique. En politique, il participe de manière active et coordonnée aux luttes politiques de Voïvodine, de Serbie et du Monténégro. Membre du parti de l'Union de la jeunesse serbe (mouvement politique actif aussi bien en Voïvodine que dans la principauté de Serbie), député du parti de Svetozar Miletić élu au parlement de Budapest, il participe à l'établissement et au renforcement de l'identité religieuse, culturelle, juridique et étatique des Serbes d'Autriche-Hongrie (Bosnie-Herzégovine incluse). À deux reprises, à Budapest, il fera à cet effet de la prison politique. En 1878, il participe au Congrès de Berlin à titre d'attaché diplomatique de la Serbie. Il exerce ensuite, toujours pour la Serbie, des activités diplomatiques à St Petersbourg. Dans les années 1880, à l'invitation du prince Nikola, il s'installe à Cetinje, au Monténégro, où il exerce la fonction de rédacteur en chef du Journal officiel de l'Etat. Suite à une brouille avec le prince, il se retire en Voïvodine où il exerce essentiellement la fonction d'écrivain, jusqu’à sa mort.

La littérature dramatique de Laza Kostić représente l'un des sommets du romantisme serbe. Ses textes les plus remarquables sont les suivants. Tragédies : Maksim Crnojević (1868), dont le héros est malmené par une destinée aveugle, texte d’une rare puissance poétique et émotionnelle ; Pera Segedinac (1882), dont l’action est située en 1735 et qui préfigure les Migrations de Crnjanski, peinture de l’impasse politique tragique des Serbes d’Autriche. Comédies : L'Occupation (1878), composée en allemand aux alentours du Congrès de Berlin, alors que la Serbie ne savait pas quelles étaient ses frontières, au moment où ses personnalités les plus éminentes vivaient dans la précarité au sein d’une Europe occidentale aux allures de vaudeville ; Gordana (1890), légende lyrique et satyrique sur la vie des Serbes de Dalmatie.

Ses poèmes et ballades se caractérisent, au même titre que ses pièces dramatiques, par des jeux de sonorité, des néologismes, des paradoxes et figures baroques où l'ironie et la réflexion sont entremêlées à des sentiments souvent élégiaques : Snove snivam / Je rêve rêveries (1861), Minadir (1862), Među javom i med snom / Entre réalité et rêve (1863), Đurđevi Stupovi / Les colonnes de St Georges (1863), O Šekspirovoj tristagodišnjici / Trois centenaire de Shakespeare (1864), Pevačka 'imna Jovanu Damaskinu / Hymne à St Jean Damascène (1865), Spomen na Ruvarca / En mémoire de Ruvarac (1865), Samson i Delila / Samson et Dalila (1869), Jadranski Prometej / Le Prométhée de l’Adriatique (1870), Don Kihotu / A Don Quichotte (1874), Dužde se ženi ! / Le doge se marie ! (1878), Za kneginjicom Marijom Nikolajevnom / En souvenir de la princesse Marija Nikolajevna (1885), Prolog za Gorski vijenac / Prologue aux Lauriers de la Montagne (1902), Santa Maria Della Salute (1909).

Cette oeuvre riche et diverse témoigne d'une unité fondamentale entre le sujet et la forme. Ses traductions de Shakespeare (Hamlet, Roméo et Juliette, Richard III), contribuent aussi bien à établir le théâtre romantique serbe qu'à faire le lien entre l'héritage littéraire européen et ses propres inclinations à l'esthétique érudite de l'union des contraires. D’autre part, on pourrait affirmer que ses trois études esthétiques et philosophiques – O lepim ženama u životu i pesmiDes femmes belles, dans la vie et dans la poésie (1871), Osnova lepote u svetu / Fondement de la beauté du monde (1880) et Osnovno načelo / Le principe premier (1884) – représentent, elle aussi, une contribution originale à la pensée occidentale. Héraclitien, philosophe de la beauté funeste et du pancalisme, Laza Kostić voit en tout phénomène la lutte des principes contraires. Il développe l’idée de la synthèse des sphères éthiques et esthétiques, de la pensée et de l’action, ainsi que l’idée du caractère tragique de la beauté. Selon lui, la forme artistique découlerait, conjointement, de « la spiritualisation du corps et d’une pensée rendue charnelle ».

Sa monographie sur Zmaj (Zmaj Jovan Jovanović, son œuvre et son temps,1902) vient clore ses études sur l'esthétique romantique. Composé sous la forme d'une étude de l'oeuvre et de la pensée de Zmaj, ce livre représente la quintessence de la pensée littéraire et politique de Laza Kostić. Plus qu'une monographie, il s'agit véritablement d'une étude raisonnée de soi et de son époque, composée sous forme de fragments romanesques, de mémoires, d'essais et de dialogues platoniciens qui lui vaudront l'ostracisme de ses contemporains et successeurs, mais l'adulation des modernistes et avant-gardistes, de Stanislav Vinaver à Danilo Kiš.

♦ Etudes et articles en serbe : Младен Лесковац (dir.), Лаза Костић / Laza Kostić, Belgrade, 1960 ; Благоје Јастребић, Поетика Лазе Костића / La Poètique de Laza Kostić, Belgrade, 1970 ; Miodrag Radović, Laza Kostić i svetska književnost / Laza Kostić et la littérature mondiale, Belgrade, 1983 ; Душко Бабић, Мистика српског романтизма / Le mysticisme du romantisme serbe, Српско Сарајево, 2004 ; Јован Зивлак (dir.), Поезиjа и естетика Лазе Костића / Poésie et esthétique de Laza Kostić, Нови Сад, 2010.


Boris Lazić