Stefan_Lazarevic
Stefan Lazarević 
fresque, Manasija, 1418

Notre choix

   Dit d'amour
  Stèle de Kosovo

 


Chevalier hors pair, polyglotte et homme de lettres, amateur des arts et commanditaire d’œuvres littéraires et artistiques, prince et législateur énergique et persévérant, diplomate et cosmopolite, Stefan Lazarević fut sans conteste l’un des plus intéressants personnages sur le trône de Serbie au Moyen Âge. Fils du prince Lazare (†1389), le martyr de Kosovo, et de la princesse Milica (†1405, moniale Eugénie depuis 1395), tous deux canonisés plus tard par l’Eglise de Serbie, Stefan monta sur le trône de Serbie à un âge très jeune – il n’avait pas plus de 12 ans.

Après le désastre de Kosovo, qui vit la mort de son père, mais aussi du sultan Murad Ier, sa mère assuma la régence jusqu’en 1395 au nom de son jeune fils, alors que sa sœur Olivera dut être donnée en mariage au nouveau sultan Bayezid Ier. Bientôt (en 1398), le jeune prince dut déjouer les intrigues fomentées contre lui à la cour du sultan, devenu son suzerain, s’y rendre avec sa mère et regagner les faveurs de son beau-frère. Avec son corps de cuirassiers serbes, Stefan devait se distinguer à la bataille d’Angora (juin 1402) en tentant à plusieurs reprises d’empêcher la capture de Bayezid. Lors de son retour en Serbie via Constantinople il y fut couronné despote par l’empereur Jean VII Paléologue.

C’est lors de ce séjour dans la cité impériale qu’il épousa Hélène, fille du seigneur de Méthylène (Lesbos), Franchesco II Gatiluzzi. Alors que la vie du despote fut décrite en détail par son biographe Constantin de Konstenec, on connaît fort peu de détails de sa vie privée et encore moins sur ce mariage et son issue. La vie conjugale du couple princier ne fut pas couronnée d’une descendance, mais on ignore quelle fut la fin du mariage, décès ou divorce.

Le dernier prince du Moyen Âge
et le premier prince de la Renaissance

C’est Stefan Lazarević qui fit de Belgrade la capitale de la Serbie, et c’est lui qui fut l’instigateur de la plus importante expansion de l’exploitation minière et des échanges commerciaux entre la Serbie et les cités marchandes italiennes notamment ; enfin son règne assura à la Serbie l’ultime répit avant la conquête ottomane au milieu du XVe siècle. Premier chevalier de l’ordre du Dragon fondé en 1408 par le roi de Hongrie, il fut aussi l’un des tout premiers pairs du royaume. Avec ses chevaliers aguerris dans les guerres en Asie et en Europe, il remportait les concours de somptueux tournois organisés par la cour de Hongrie, comme celui du printemps 1412. Il fut à la fois le dernier prince du Moyen Âge et, d’une certaine manière, le premier prince de la Renaissance dont l’émergence devait être stoppée dans les Balkans par la conquête ottomane.

Son biographe le décrit comme un prince autoritaire mais juste, particulièrement pointilleux sur le cérémonial et l’ordre de préséance, entouré d’une aura à la fois aulique et chevaleresque, mais aussi mystique, car il fait la comparaison de sa gestion administrative avec la hiérarchie du royaume de Dieu. Avec une exportation de métaux précieux en constante progression, corollaire d’une expansion des importations de marchandises de luxe, le despote disposait de grandes richesses et l’opulence de sa cour n’avait rien à envier à d’autres cours princières et royales de cette époque de l’éveil des sens et des esprits.

Homme de lettres et commanditaire avisé de traductions savantes et autres copies de manuscrits, sa biographie représente le premier ouvrage sécularisé faisant suite à la longue série des hagio-biographies princières et royales de l’époque antérieure. Ayant été l’objet d’un culte de saint local depuis le XVIe siècle, Stefan Lazarević fut canonisé par l’Eglise orthodoxe serbe en 1927.

Auteur de textes législatifs et littéraires

En prince législateur et auteur de textes littéraires, il est à l’origine des actes normatifs dont on lui attribue la rédaction. La plupart de ses chartes (six sur neuf) comprennent des préambules particulièrement élaborés, qui selon la tradition diplomatique serbe, contiennent des éléments autobiographiques, théologiques et historiques. Le plus important de ses actes normatifs reste néanmoins la Loi des mines, recueil de lois régulant la condition sociale et le travail des mineurs en Serbie de cette époque. Cette loi fut reprise en grande partie par la législation de Soliman le Magnifique au XVIe siècle.

En termes de textes plus proprement littéraires que les spécialistes lui attribuent avec plus ou moins de pertinence, il s’agit tout d’abord de l’épitaphe de la stèle de Kosovo, qui aurait été érigée vraisemblablement en 1404 sur les lieux mêmes de la bataille. Ayant pour sujet la bravoure et la mort héroïque du prince Lazar, son père, à la tête de ses chevaliers tombés dans la bataille mémorable contre le conquérant ottoman lors de la bataille de Kosovo (15 juin 1389), c’est l’un des plus anciens textes littéraires à la fois en vers et d’une facture laïque, héritage de la Serbie médiévale. C’est en effet pour la première fois que dans un texte littéraire en Serbie, le ton laudatif cède place au pathos héroïque d’une facture chevaleresque.

Ceci est certainement bien moins le cas pour les Pleurs sur le prince Lazar, dont seuls les quatre premiers vers sont conservés. C’est un texte plus laudatif qu’héroïque, mais dont l’attribution à Stefan Lazarević est moins pertinente que pour l’épitaphe de Kosovo.

Le Dit d’amour est sensiblement le texte poétique le plus intéressant, mais aussi le plus intriguant parmi tous ceux qu’on attribue au prince-poète. Adressé à un proche dont le nom n’est pas conservé, empreint d’une exaltation à la fois amoureuse et mystique, d’une esthétique lyrique, ce poème est d’une sémantique se prêtant aux interprétations non dépourvues d’équivoques.


Bibliographie succincte.Jovanka Kalić, Srbi u poznom srednjem veku (Les Serbes au Bas Moyen Âge), Belgrade 1994, p. 57-59 ; M. Purković, Knez i despot Stefan Lazarević (Prince et despote Stefan Lazarević), Belgrade, 1978 ; V. Jagić, « Konstantin Filosof i njegov Život Stefana Lazarevića despota srpskog » (Constantin le Philosophe et sa Vie de Stefan Lazarević, despote serbe), Glasnik SUD, 42 (1875), p. 244-328 ; M. Braun, Lebensbeschreibung des Despoten Stefan Lazarević von Konstantin dem Philosophen im Auszug herausgegeben und übersetzt, Wiesbaden, 1956 ; Dj. Trifunović, Despot Stefan Lazarević -­ Književni radovi (Despote Stefan Lazarević - Œuvres littéraires), Belgrade, 1979 ; L. Pavlović, Kultovi lica kod Srba i Makedonaca (Les cultes des saints chez les Serbes et les Macédoniens), Smederevo, I965, 131-133 ; B. I. Bojović, “Stephanus Lazarević”, in Repertorium Fontium Historiae Medii Aevi, vol. X/4 (–Sj-Sz –), Rome, 2005, p. 470-474.

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Boško I. Bojović