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La poésie lyrique de Đura Jakšić – anacréontique, bucolique, métaphysique – s’apparente à sa peinture non seulement sur le plan des motifs mais aussi sur celui du style. Elle témoigne de plusieurs procédés techniques présents dans ses toiles aux motifs identiques : la picturalité, les saisissants contrastes du clair-obscur, la succession des épithètes et des métaphores.

Bien qu’il ait œuvré dans tous les genres poétiques avec une égale aisance, sa poésie lyrique, représentée par quelques dizaines de poèmes, forme le noyau dur de son art qui demeure dans les limites thématiques du romantisme : le moi, la solitude, la nature (Орао / L’aigle ; На липару / Au bois de tilleul), la femme aimée, la patrie (Падајте браћо / Tombez, frères ; Ћутите, ћутте / Taisez-vous, taisez), mais aussi les figures spectrales, menaçantes, de la nuit, de la mort (Божији дар / Le don de Dieu ; Мир / Quiétude ; Поноћ / Minuit) ; voilà ses sujets essentiels. C’est le plus personnel des poètes du romantisme serbe, le plus ouvert, le plus franc. Sa poésie dépeint le conflit entre une individualité forte, une nature exaltée, une conscience de soi exacerbée et un milieu médiocre, incompréhensif, sinon hostile. L’image qui apparait dans tous les versants de son expression artistique (poème lyrique, balade, nouvelle, portrait) et qui incarne son idée romantique, est celle du personnage déterminé, concentré, figé dans l’attente. Celui-ci est près d’exploser dans une furie vengeresse.

Đura Jakšić aime autant le verbe que la couleur. Sa poésie, riche en sonorités diverses, lorsqu’elle épouse le ïambe décasyllabique, s’abandonne à l’orchestration d’effets de style, de figures, d’épithètes (Отаџбина / La patrie). Dans ses poèmes de la solitude ou de visions spectrales, dans les scènes pathétiques, dans les explosions des passions, des émotions fatales, il aime produire la sonorité rauque provoquée par l’amoncellement de la consonne « r ». Il y a là tout un crescendo de maestria rhétorique, car tout se doit d’être fort, d’être sublime (Поноћ / Minuit).

Đura Jakšić est le poète de la solitude et du mépris de la foule. Sa poésie anacréontique (Мила / Mila) – forme qu’il introduit dans la littérature serbe – témoigne de ses souffrances privées autant qu’elle les sublime : elle est, au même titre que sa poésie patriotique, un reflet exact de la réalité humaine et sociale de son temps. Poète de la description et des contrastes – chez qui la gestuelle relève rarement de la pose ou du phrasé vide de sens – il demeure, par sa force poétique et sa grande puissance émotive, la plus dramatique des figures du romantisme serbe.

Etudes et articles en serbe : Јован Скерлић, Ђура Јакшић. Омладина и њена књижевност (1848-187) / Đura Jakšić. La Jeunesse et sa littérature, Belgrade, 1925, p. 384-3396 ; Миодраг Поповић, Ђура Јакшић / Đura Jakšić, Belgrade, 1961 ;  Душко Бабић, Мистика српског романтизма [La Mystique du romantisme serbe], Ново Сарајево, 2004.

Boris Lazić