Pavlovic-Miodrag

 

Bibliographie

Œuvres traduites
     Études et articles

 

 

 

 

 

Miodrag Pavlović est, avec Vasko Popa, l'un des deux poètes qui, au début des années cinquante, affranchirent la poésie – et par là même l'ensemble de la littérature contemporaine serbe – du poids de l'écriture officielle dite du „réalisme socialiste“ et permirent l’éclosion de la seconde vague du modernisme serbe. Son recueil  87 песма / 87 poèmes (1952) est, à ce titre, révolutionnaire. S’inscrivant dans la tradition des avant-gardes de l’entre-deux-guerres, il en reprend les divers procédés techniques et rhétoriques notamment ceux du surréalisme, mais en les appliquant au moment présent, il élargit la perception du monde de l’après-guerre et offre au sujet lyrique une voix individuelle, moderne, urbaine qui tranche radicalement avec le folklorisme officiel du parti communiste et les ouvrages qui en découlent.

Né en 1928, à Novi Sad, Miodrag Pavlović a effectué l'ensemble de sa scolarité à Belgrade où il poursuivit des études en médecine de 1947 à 1954. Conjointement à ses études, il publie de la poésie et des essais sur des auteurs modernes ou médiévaux. Son premier livre lui apporte la célébrité et détermine l'ensemble de son œuvre future. Il est à la fois poète, prosateur, essayiste, anthologiste, traducteur et dramaturge. En 1960 il est nommé dramaturge du Théâtre national, à Belgrade. Il sera pendant douze ans également rédacteur de la maison d'édition „Prosveta“. Ses œuvres poétiques majeures sont : 87 песма / 87 poèmes (1952), Стуб сећања / Stèle de mémoire (1953), Велика Скитија / La Grande Scythie (1969), Хододарје / Pèlerinage (1971), Бекства по Србији / Fuite à travers la Serbie (1979), Улазак у Кремону / Entrée à Crémone (1989), Космологија профаната / Cosmologie profanata (1990), etc.

La génération à laquelle appartient Miodrag Pavlović rompt avec le dogme esthétique et idéologique établi. Excellent connaisseur de la poésie serbe et européenne, Pavlović incorpore dans ses vers mythes et histoire dans l'instant présent et instaure un nouveau type d'expression poétique, souvent allégorique. Il revalorise les voix dissidentes du passé, remet au goût du jour la poésie réflexive, notamment celle des classicistes, du slavon de l'office religieux (XVIIIe, XIXe siècle) pour en faire autant de jalons dans ses jeux intertextuels qui, de recueil en recueil, composent la vaste fresque des diverses couches culturelles, balkaniques de l'identité de l'individu moderne.

Poète docte, poète de la culture autant que peintre de la vie intérieure (au sens jungien du terme), Miodrag Pavlović n’aura de cesse de questionner la place de l’individu dans le collectif et de prendre position pour la figure du marginal, de l’hérétique. La publication de son Антологија српског песништва / Anthologie de la poésie serbe (1964) provoque le scandale. Oskar Davičo, éminence grise du courant officiel et qui s’offusque de la présence de moines, d’ anachorètes et autres mystiques refuse d’y être représenté par ses poèmes. Il est vrai qu’un tiers du livre comprend de la poésie serbe médiévale, des pièces anthologiques d’une rare beauté extraites des offices religieux ou divers textes de nature mystique, mythologique. Cet outrage au bon gout matérialiste, folklorisant, socialiste est d’ailleurs, en Serbie, contemporain de la publication d’ouvrages de référence sur les lettres et la civilisation médiévale serbes. Cette prise de position éditoriale et poétique a été, par ailleurs, un des moments forts des dissidences intérieures au sein des milieux culturels, érudits, belgradois de l’époque titiste.

Miodrag Pavlović a entretenu une longue amitié avec le poète français Robert Marteau. Ils se sont traduits mutuellement. Marteau a publié diverses traductions remarquables des poèmes de Pavlović, notamment La Voix sous la pierre (1970), Le Miracle divin (1988)  et Cosmologia profanata (2009). Entrée à Crémone (2008), autre choix important de divers poèmes, a été traduit par Mireille Robin.

Miodrag Pavlović est récipiendaire de plusieurs prix littéraire nationaux et européens. Il a partagé les dernières décennies de sa vie entre la Serbie et l’Allemagne et s’est éteint à Tuttlingen, près de Stuttgart, en 2014.

 

♦ Etudes et articles en serbe. Радоман Кордић, Говор с дна / Discours depuis le fond, Београд, Вук Караџић, 1976 ; Часлав Ђорђевић, Миодраг Павловић песник хуманистичке етике / Miodrag Pavlović, poète à l’éthique humaniste, Крагујевац, Светлост, 1974 ; Богдан А. Поповић, Епски распони Миодрага Павловића / Les portées épiques de Miodrag Pavlović, Београд, Графос, 1985 ; Злата Коцић, Ртањска светила / Les luminaires du Rtanj, Ниш, Просвета, 1996 ; Часлав Ђорђевић, Песниково свевидеће око / L’œil omniscient du poète, Београд, Просвета, 1997.

Boris Lazić
 

Miodrag Pavlović est, avec Vasko Popa, l'un des deux poètes qui, au début des années cinquante, affranchirent la poésie – et par là même l'ensemble de la littérature contemporaine serbe – du poids de l'écriture officielle dite du „réalisme socialiste“ et permirent l’éclosion de la seconde vague du modernisme serbe. Son recueil  87 песма / 87 poèmes (1952) est, à ce titre, révolutionnaire. S’inscrivant dans la tradition des avant-gardes de l’entre-deux-guerres, il en reprend les divers procédés techniques et rhétoriques notamment ceux du surréalisme, mais en les appliquant au moment présent, il élargit la perception du monde de l’après-guerre et offre au sujet lyrique une voix individuelle, moderne, urbaine qui tranche radicalement avec le folklorisme officiel du parti communiste et les ouvrages qui en découlent.

Né en 1928, à Novi Sad, Miodrag Pavlović a effectué l'ensemble de sa scolarité à Belgrade où il poursuivit des études en médecine de 1947 à 1954. Conjointement à ses études, il publie de la poésie et des essais sur des auteurs modernes ou médiévaux. Son premier livre lui apporte la célébrité et détermine l'ensemble de son œuvre future. Il est à la fois poète, prosateur, essayiste, anthologiste, traducteur et dramaturge. En 1960 il est nommé dramaturge du Théâtre national, à Belgrade. Il sera pendant douze ans également rédacteur de la maison d'édition „Prosveta“. Ses œuvres poétiques majeures sont : 87 песма / 87 poèmes (1952), Стуб сећања / Stèle de mémoire (1953), Велика Скитија / La Grande Scythie (1969), Хододарје / Pèlerinage (1971), Бекства по Србији / Fuite à travers la Serbie (1979), Улазак у Кремону / Entrée à Crémone (1989), Космологија профаната / Cosmologie profanata (1990), etc.

La génération à laquelle appartient Miodrag Pavlović rompt avec le dogme esthétique et idéologique établi. Excellent connaisseur de la poésie serbe et européenne, Pavlović incorpore dans ses vers mythes et histoire dans l'instant présent et instaure un nouveau type d'expression poétique, souvent allégorique. Il revalorise les voix dissidentes du passé, remet au goût du jour la poésie réflexive, notamment celle des classicistes, du slavon de l'office religieux (XVIIIe, XIXe siècle) pour en faire autant de jalons dans ses jeux intertextuels qui, de recueil en recueil, composent la vaste fresque des diverses couches culturelles, balkaniques de l'identité de l'individu moderne.

Poète docte, poète de la culture autant que peintre de la vie intérieure (au sens jungien du terme), Miodrag Pavlović n’aura de cesse de questionner la place de l’individu dans le collectif et de prendre position pour la figure du marginal, de l’hérétique. La publication de son Антологија српског песништва / Anthologie de la poésie serbe (1964) provoque le scandale. Oskar Davičo, éminence grise du courant officiel et qui s’offusque de la présence de moines, d’ anachorètes et autres mystiques refuse d’y être représenté par ses poèmes. Il est vrai qu’un tiers du livre comprend de la poésie serbe médiévale, des pièces anthologiques d’une rare beauté extraites des offices religieux ou divers textes de nature mystique, mythologique. Cet outrage au bon gout matérialiste, folklorisant, socialiste est d’ailleurs, en Serbie, contemporain de la publication d’ouvrages de référence sur les lettres et la civilisation médiévale serbes. Cette prise de position éditoriale et poétique a été, par ailleurs, un des moments forts des dissidences intérieures au sein des milieux culturels, érudits, belgradois de l’époque titiste.

Miodrag Pavlović a entretenu une longue amitié avec le poète français Robert Marteau. Ils se sont traduits mutuellement. Marteau a publié diverses traductions remarquables des poèmes de Pavlović, notamment La Voix sous la pierre (1970), Le Miracle divin (1988)  et Cosmologia profanata (2009). Entrée à Crémone (2008), autre choix important de divers poèmes, a été traduit par Mireille Robin.

Miodrag Pavlović est récipiendaire de plusieurs prix littéraire nationaux et européens. Il a partagé les dernières décennies de sa vie entre la Serbie et l’Allemagne et s’est éteint à Tuttlingen, près de Stuttgart, en 2014.

Boris Lazić