LA LITTÉRATURE SERBE DANS LE CONTEXTE EUROPÉEN
TEXTE, CONTEXTE ET INTERTEXTUALITÉ

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Boško Bojović
EHSS, Paris, France
Institut des Etudes balkaniques, SANU, Belgrade, Serbie
ECPD, Belgrade, Serbie


LA RÉCEPTION DE LA POÉSIE POPULAIRE SERBE EN FRANCE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIXe SIÈCLE 

 

« Les Serbes, ce peuple enfermé dans son passé, destiné à être musicien et poète de toute la race slave, sans savoir même qu’il deviendrait un jour la plus grande gloire littéraire des Slaves. »

A. Mickiewitcz, Les Slaves, t. I, Paris, 1845, p. 331.

Résumé

À la fin du XVIIIe et dans la première moitié du XIXe siècle, les élites intellectuelles de l’Europe s’intéressent à la Naturpoesie, à la création littéraire populaire, plus particulièrement celles des Balkans, des Grecs et des Serbes en premier lieu. Commencée fin XVIIIe siècle par les traductions toujours plus nombreuses d’un poème épique, Hasanaginica, relayé par des récits de voyage, puis surtout la publication des poésies populaires serbes par Vuk Karadžić en 1814, avec l’intérêt qu’elles suscitent chez Goethe et les frères Grimm, Lamartine et Mérimée, ainsi que bien d’autres romantiques européens, la découverte de ce que Renan qualifie de culture primitive atteint la communauté académique avec le cours de Claude Fauriel (1772-1844) sur la poésie populaire grecque et serbe. Dispensé au Collège de France en 1831, ce cours magistral constitue le premier exercice de comparatisme dans l’étude de la littérature, ainsi que la préfiguration des études slaves en France et en Europe. Une centaine d’années plus tard, cet intérêt scientifique pour le folklore balkano-slave devait aboutir aux travaux de l’helléniste et homérologue de Harvard Milman Parry qui organise une importante recherche sur le terrain en Yougoslavie (entre 1933 et 1335).

Dans le passé, mesurable en un ou deux siècles, les échanges entre l’Europe et ses confins sud-orientaux ont pu être féconds et profitables dans les deux sens. Il est vrai que c’était alors que l’Europe était en pleine ascension, ou du moins qu’elle semblait contrôler toujours son devenir. Comment se fait-il qu’il n’en soit pas de même depuis au moins quelques dizaines d’années ? L’interaction entre berceau et modèle de civilisation a changé de nature. Partant de la complémentarité, elle évolue vers un rapport de force, ou plutôt une relation de déséquilibre entre force et faiblesse. Hier la culpabilité serbe, aujourd’hui l’accablement de la Grèce, n’a certes aucune relation causale avec l’engouement lointain pour la poésie populaire grecque et serbe. Il n’empêche qu’entre exaltation et stigmatisation une relation singulièrement insidieuse est exemplaire d’un désenchantement révélateur, celui de peu d’évolution dans l’interaction entre structures sociales et mentales depuis la nuit des temps.

Mots-clés

Poésie populaire, transmission vernaculaire, chants épiques, folklore, tradition orale, romantisme, Balkans, serbe, néogrec, Europe, société patriarcale, culture rurale, mémoire populaire, textes homériques, slavistique. 

 

À l’issue des guerres napoléoniennes, l’Europe s’achemine vers son siècle d’or, l’époque qui entraînera son rayonnement universel, jusqu’à la globalisation de son modèle de civilisation de par le monde. L’alphabétisation, l’urbanisation et l’industrialisation s’y généralisent. Les droits de l’homme donnent sens à la cohésion d’un corps de société abolissant les clivages traditionnels y compris dans les domaines culturels. À la suite des Lumières et sous l’impulsion de Jean-Jacques Rousseau[1], de Herder[2] et de Macpherson-Ossian, l’Europe s’ouvre aux ressources ignorées et dédaignées de sa « poésie artistique et naturelle[3]». Cette découverte de l’esthétique populaire s’étend jusqu’à ses confins dans les Balkans où l’on s’émeut du sort des populations soumises à la domination d’une autre civilisation.

Se tournant vers ses racines humanistes, le monde intellectuel cherche une correspondance entre l’émancipation de la Grèce et ses racines antiques. L’état jugé déplorable des descendants de cette hellénité, supplantée par une domination perçue comme anachronique, éveille l’intérêt pour les populations slaves de la Turquie européenne, dont l’émancipation semble se dérouler dans la foulée des guerres napoléoniennes et rejoint l’éveil des peuples et des nationalités de l’Europe.

C’est ainsi qu’à partir de l’intérêt des Autrichiens et des Allemands pour les turbulences à leurs confins méridionaux, apparaît dans l’Europe occidentale la découverte du folklore serbe révélé par les travaux de Vuk Karadžić sous l’impulsion de son mentor, le Slovène Jernej Kopitar. La découverte de ce patrimoine populaire et le vif intérêt qu’il rencontre chez Goethe[4], les frères Grimm[5], Haxthausen, apporte une ressource d’inspiration inespérée pour le romantisme ambiant de l’époque. Chateaubriand et Hugo ont connu les chants néo-grecs, alors que Lamartine et Mérimée ont connu aussi les chants serbes. Hasanaginica [La Femme d’Asan-aga] fut le premier poème à être traduit en français dès 1778, puis en 1813 et 1821[6].

Mais avant qu’ils ne soient connus par leurs traductions, l’écho de ces chants apparaît dans les œuvres de deux femmes de lettres, la comtesse de Rosenberg-Orsini[7] et Madame de Staël[8]. Faisant allusion au chant serbe « Senjanin Tadija[9] », Charles-Joseph de Ligne est en admiration (en 1828) devant l’esprit des chants épiques slaves : « J’ai admiré ainsi mes Croates célébrant, en langue illyrienne, leur roi Kralowitz-Marko ! Quelle belle exagération, de réveiller l’ennemi qui dort, pour le combattre ! » Bibliothécaire de Ljubljana, capitale de l’Illyrie, Charles Nodier fut le premier des écrivains romantiques français qui s’intéressa à la poésie populaire serbe dès 1812. Dans la revue Télégraphe officiel, qu’il dirige, il publie une série d’articles intitulés « Poésies illyriennes[10] » et « Langue illyrienne ». Dans son premier article il formule le vœu qu’un lettré illyrien recueille ces vieux monuments de la poésie illyrique pour les publier en corps, ce qui sera réalisé l’année suivante par Vuk Karaddžić, qui publia en 1814 son premier recueil des poésies serbes. Nodier le signale dès cette année en ayant appris l’existence d’une collection de poèmes slaves « d’une haute antiquité », recueillis « dans certaines provinces illiri-ennes ». En 1820, La Beaumelle écrit dans la Minerve littéraire : « M. Nodier nous fait espérer une traduction de poésies nationales morlaques. » S’en suivent une série de productions littéraires romantiques, comme Jean Sbogar et Smara de Nodier, inspirés des représentations approximatives du monde sud-slave[11] et dont l’ouvrage le plus abouti et le plus connu est la Gouzla de Prosper Mérimée, publiée en 1827[12]. Inspiré de toutes sortes de modèles, Idylles de Théocrite, l’Enfer de Dante et même du chinois Tchao-Chi-Cou-Ell, ce recueil de poésies prétendument authentiques comprend néanmoins la meilleure traduction de Hasanaginica [La Triste ballade de la noble épouse d’Assan-Aga], le seul poème sud-slave traduit jusqu’alors en français et qui connut une cinquantaine de versions.

Paru à Vienne en 1814, le premier recueil des poésies populaires serbes de Vuk Karadžić fut aussitôt traduit en allemand par Jernej Kopitar, censeur de la Bibliothèque impériale de Vienne. Le manuscrit de cette traduction littérale fut donné à Jakob Grimm et à Goethe. En ayant entre-pris l’apprentissage du serbe, Grimm[13] s’enthousiasme de ces chants populaires qu’il estimait dignes d’Homère et qui confirmaient pour lui l’ori-gine commune des diverses poésies populaires – les Naturpoesie. En 1816 il proposait au baron Haxthausen d’éditer les chants grecs et serbes ensemble. Une vingtaine de ces chants furent publiés dans une version retouchée par Klemens Brentano dans Die Sangerfahrt en 1818. Grimm les communique à Haxthausen, Savigny, Goethe et à Mlle Talvj qui en fait une traduction étendue. Goethe demandant la traduction du second recueil de Vuk, le grand poète en parle dans sa revue et les communique à ses amis, Eckermann, Zelter, Reimer, le chancelier von Muller, au grand-duc Karl-August. Il reçoit Vuk à Weimar en 1823 et s’informe sur le texte original de certains versets. Surtout, il retouche la traduction de Grimm et la publie dans sa revue Art et Antiquité. Il reçoit Vuk de nouveau en 1824, publie dans sa revue des chants serbes et y écrit un article de 25 pages. À la différence de Grimm qui préférait de loin les chants épiques, Goethe est en admiration devant les chants lyriques qu’il compare au Cantique des cantiques, « ce qui, disait-il à Eckermann, veut dire beaucoup »[14]. Le tempérament violent de Marko Kraljević, qu’il assimilait à un « Hercule barbare », ne pouvait l’enthousiasmer, pas plus que celui des Nibelungen. Son article en fut néanmoins le meilleur brevet pour cette poésie serbe, ainsi que pour sa traduction par Mlle Talvj, femme de lettres qui avait appris le serbe et fait ce travail de traduction pour complaire à Goethe à qui elle le dédia. Son talent de traductrice fut plus tard critiqué par Geze-man, mais elle eut le mérite de rendre possible la comparaison des poésies serbe et grecque comme l’avait souligné en son temps Wilhem Muller. Un nombre important de ces poèmes traduits par Talvj[15], Gerhard et Kapper[16] ont été mis en musique par Richard Wagner et Johannes Brahms. Goethe consacre ses derniers articles sur la poésie serbe à la mystification de Mérimée et à la traduction de ces chants par John Borwing[17] en anglais. Ils furent traduits aussi en russe, en tchèque, en polonais, en italien (en 1850, par Tomazeo), en hongrois, en suédois, ainsi que dans d’autres pays européens.

En France, la première étude sérieuse de la poésie populaire serbe fut celle du baron d’Eckstein, publiée dans sa revue, Le Catholique, en 1826. Dans ce travail de soixante pages, l’auteur fait une comparaison intéressante entre les poésies populaires – germanique, arabe, hébraïque, grecque moderne, italienne, lituanienne – pour leur préférer généralement celle des Serbes. Il poursuit son étude par une analyse détaillée qui témoigne d’une compréhension attentive et d’un jugement avisé : « Que la poésie à tirades et à sentences semble faible et pâle, si vous la comparez à cette poésie où le sentiment moral se montre dans toute son ingénuité ! ». Dans son étude inachevée, il n’analyse qu’un seul chant épique, Ženidba Maksima Crnojevića [Les Noces de Maxime Crnojević], dans lequel il trouve « plus d’un point de ressemblance » avec les Nibelungen, ainsi que des parties entières « dans le goût et le style d’Homère ».

Pendant ce temps, la Bibliothèque allemande de Strasbourg déplore le peu de connaissances sur les Serbes, tout en faisant l’éloge du premier recueil de Talvj pour avoir éclairé le public allemand sur « la nation des Serves », « peuple doué d’une grande force d’imagination », et « de beaucoup de jugement ».

Les revues Globe, Journal de la littérature étrangère, Revue encyclopédique, Bulletin universel des sciences et de l’industrie, avaient consacré une série d’articles aux chants et à la langue serbe. Dans le Globe en 1827, Mme Belloc – qui avait déjà mis en vers quelques chants grecs publiés par Fauriel – traduit en prose dix chants serbes d’après la traduction anglaise de Bowring, tout en se proposant de publier deux volumes de ces chants. C’est sans doute la parution de La Gouzla qui la détourna de ce projet.

C’est dans la Bibliothèque universelle des sciences, belles lettres et arts de Genève que paraît, en 1829, le seul article de fond après celui d’Eckstein et avant la traduction de Mme Voïart[18]. Publié en deux parties, après trois articles sur la poésie grecque (1824-1825), cette étude est si­gnée par les initiales A. P. L’auteur « s’étonne, en lisant de tels poèmes, que la nation qui a pu les produire ait si complètement disparu de la scène du monde », pour conclure que parmi les différentes poésies depuis celles des sauvages jusqu’à celles dont sont issues l’Iliade et l’Odyssée, les chants des Grecs modernes et des Serbes semblent occuper une place intermé­diaire entre la barbarie et la civilisation. Il évoque aussi l’avantage de l’allemand sur le français pour la traduction de ce genre de poésies dont il publie dix-sept morceaux, dix lyriques et sept épiques, en arguant que la traduction « rigoureusement littérale » adoptée par Fauriel est la seule qui convienne pour des poésies de cette nature. Enfin, abordant les chants épiques, l’auteur est saisi par le contraste entre les chants des Serbes chré­tiens et ceux des Serbes musulmans : « [...] les musulmans comme les chré­tiens puisent dans le même fond des traditions, seulement les héros chan­gent de rôle, et sont, tour-à-tour, vainqueurs ou vaincus. »

Dans la découverte et la diffusion des chants exotiques par le pu­blic lettré entre 1820 et 1830, ceux des Grecs et des Serbes occupent donc une place éminente. Avec la contribution essentielle de Claude Fauriel à la connaissance des chants grecs, peu connus jusqu’alors en France, puis son cours comparé des chants grecs et serbes de 1831-1832, au Collège de France, ce n’est qu’un recueil de romances d’Espagne qui fut publié en France dans ce domaine folklorique. À peine signalé avant Alberto de Fortis[19] et Charles Nodier, la poésie serbe commence à être connue en France[20] sous sa forme authentique principalement par le mérite de Claude Fauriel qui fit donc son cours magistral au Collège de France en 1831/32, intitulé « Cours comparé sur la poésie populaire serbe et néogrecque », et demeuré inédit dans sa plus grande partie[21]. Ce travail de recherche minutieux et systématique, fait sur la base des chants connus à cette époque, encore fort pertinent et utile dans ses analyses et conclusions, notamment sur les affi­nités des deux traditions essentiellement orales, représentait une étude précoce et novatrice dans le domaine des études comparatistes. Ce cours a fait notamment de Fauriel le fondateur des études comparées en littéra­ture[22], mais aussi le précurseur des études slaves. Le premier cours après sa nomination au Collège de France fut consacré à la poésie lyrique pro­vençale (en 1330-1331), le deuxième à l’épopée provençale et la poésie populaire serbe et grecque à laquelle il consacra onze leçons.

C’est en 1826 que Fauriel semble commencer à s’intéresser à la poésie serbe dont il avait reçu les deux volumes publiés par Vuk à Leipzig en 1823-1825. C’est en cette année que doit se situer la visite de Mérimée à Fauriel dont parle Sainte-Beuve, au cours de laquelle Mérimée voit l’ouvrage de Vuk que son hôte lui montra tout en lui conseillant d’apprendre le serbe[23]. Après Claude Fauriel et Elise Voïart, les chants populaires serbes sont traduits en France par Auguste Dozon, le baron Adolphe d’Avril[24], Achille Millien[25] et étudiés après le baron d’Eckstein, par Xavier Marmier[26], Cyprien Robert[27], Dora d’Istria[28], Louis Leger[29], Emile Haumant[30], Edouard Schuré[31].

Fauriel fait une distinction nette entre la poésie populaire, qu’il désigne aussi par poésie de la nature, et poésie de l’art. Il estime que l’instinct poétique d’un peuple s’efface par la culture. « C’est peut-être la raison qui explique le mieux l’intérêt avec lequel toutes les nations culti­vées de l’Europe recueillent depuis quelques années les poésies popu­laires ». Herder cherchait le génie des peuples dans leur poésie populaire, « la seule vraie poésie[32] ». On voit ainsi se former cette catégorie de spon­tané et cette théorie du primitif de l’esprit humain dont Renan disait qu’elle est la plus grande découverte de la pensée moderne.

Dans sa deuxième leçon, consacrée à la « poésie domestique » (à l’opposé de la poésie héroïque)[33], Claude Fauriel conclut à une similitude du fond commun entre la poésie serbe et grecque : « […] ces chants serbes ne sont, au fond, qu’une autre rédaction des chants grecs auxquels ils cor­respondent : les termes et les détails diffèrent ; le sentiment, le ton, le mo­tif sont les mêmes.[34] »

Éminent helléniste de Harward, Milman Parry entreprit dans les années 1933-1935 un travail de terrain, en recueillant plus de 13 000 textes de poèmes, avec 3 500 enregistrements phonographiques de chants épiques, essentiellement auprès des populations musulmanes serbo-croates en Yougoslavie. Parry s’emploie à étudier le style très développé de cette poésie épique exprimé en formules et dont le mode de transmis­sion traditionnel est oral[35]. Le but initial de cette entreprise, étudier la technique de transmission orale des chants homériques, conduit à apporter des résul­tats fort concluants[36].

La première chaire de littérature slave en Europe, après celle où Fauriel enseigna la poésie serbe et grecque dix ans auparavant, fut créée en 1840 au Collège de France pour Adam Mickiewitz. Ce dernier y exal­tait la poésie serbe en ces termes : « la plus grande gloire littéraire des peuples slaves[37] ». Il ne trouve d’égale à sa beauté que celle de l’épopée homérique, mais ne fait aucun travail de comparaison avec la poésie néo­grecque. Des chaires des études slaves furent fondées par la suite en France et en Europe, ce qui fait de Fauriel le précurseur des études slaves, à l’exception d’une chaire de tchèque qui existait à Vienne dès 1775.

Dans un passé, mesurable en un ou deux siècles, les échanges entre l’Europe et ses confins sud-orientaux ont pu être féconds et profitables dans les deux sens. Il est vrai que c’était alors que l’Europe était en pleine ascension, ou du moins qu’elle semblait contrôler toujours son devenir. Comment se fait-il qu’il n’en soit pas de même depuis au moins quelques dizaines d’années ? L’interaction entre berceau et modèle de civilisation a changé de nature. Partant de la complémentarité, elle évolue vers un rap­port de force, ou plutôt une relation de déséquilibre entre force et fai­blesse. Hier la culpabilité serbe, aujourd’hui l’accablement de la Grèce, n’a certes aucune relation causale avec l’engouement lointain pour la poé­sie populaire grecque et serbe. Il n’empêche qu’entre exaltation et stigma­tisation une relation singulièrement insidieuse est exemplaire d’un désen­chantement révélateur, celui de peu d’évolution dans l’interaction entre structures sociales et mentales depuis la nuit des temps.

 

Резиме
р
ецепција српске народне поезије у француској у првој половини xix века

Крајем XVIII и у току прве половином XIX века, интелектуалне елите Европе се интересују за Naturpoesie, народно књижевно стваралаштво, посебно оно са Балкана, у првом реду грчко и српско. Почев од XVIII века, све бројнији преводи Хасанагинице, путописни записи, и нарочито објављивање збирке српске народне поезије Вука Караџића 1814, изазиваjу ентузијазам Гетеа и браће Грим, Ламартина и Меримеа, као и толиких других европских стваралаца и романтичара. Стваралаштво које Ренан назива примитивном културом, коју сматра највећим открићем XIX века, добија академску трибину предавањима Клода Фориела (1772-1844) о грчкој и српској народној поезији. Одржан на Колеж де Франсу 1831. године, тај магистрални курсус представља прву примену компаратистике у проучавању књижевности, као и префигурацију славистике у Француској и у Европи. Стотинак година касније, научно бављење словенским епским фолклором Балкана достиже нови облик 1933-1935. кроз опсежно и темељно теренско истраживање у Југославији Малмона Перија, хеленисте и хомеролога са Харварда.

Током протекла два века, размене између културне Европе и њених југоисточних огранака биле су плодотворне и корисне у оба смера. Истина, тада је Европа била у пуном успону, све док је изгледало да још увек може опредељивати своју будућност. Зашто у протеклих неколико деценија та размена више није оно што је некада била? Интеракција између његове колевке и савременог цивилизацијског модела је променила своју природу. Од комплеметарне, она се претвара у однос снага, боље речено у однос снаге према слабости. Непрекинуто жигосање Срба, а данас и инкриминација Грчке, свакако немају узрочне везе са еуфоричним открићем грчке и српске народне поезије. Што не значи да између егзалтације и стигматизације не постоји колико обесмишљујућа толико примерена узајамност. Она која указује на помањкање еволуције у интеракцији између друштвених и менталних структура, од искони све до данас.

Кључне речи 

Народна поезија, усмено преношење, епско појање, фолклор, усмена баштина, романтизам, Балкан, српски, новогрчки, Европа, патријархална заједница, сеоска култура, хомерски текстови, славистика.

Summary
reception of serbian  folk poetry in france in the first half of the nineteenth century

In the late eighteenth and early nineteenth centuries, the intellectual elites of Europe were interested in Naturpoesie, in popular literary creativity, especially that of the Balkans, the Greeks’ and the Serbs’ above all. The discovery of what Renan calls a primitive culture began in the late eighteenth century with a growing number of translations of an epic poem, Hasanaginica, followed by travel narratives, and then more particularly by the publication of Serbian folk poetry by Vuk Karadžić in 1814 which generated much interest in Goethe and the Brothers Grimm, Lamartine and Merimée, and many other European romantics. The phenomenon finally reached the academic community with Claude Fauriel (1772-1844) and his lecture on Greek and Serbian folk poetry. Presented at the Collège de France in 1831, it was the first exercise in the study of comparative literature, and the foreshadowing of Slavic Studies in France and Europe. A hundred years later, scientific interest in Balkan Slavic folklore was to inspire the work of hellenist and Homer specialist Milman Parry, who organized a major research project in Yugoslavia (between 1933 and 1935).

In the past, measurable in one or two centuries, the exchanges between Europe and its adjacent South Eastern lands were fruitful and profitable in both directions. It is true that this was a time when Europe was on the rise, or at least it always seemed to control its future. How is it that in the last decades these exchanges have ceased to be what they once were? The interaction between the model and the cradle of civilization has changed: it has evolved into a complementary balance of power, or rather, into a relationship of imbalance between weakness and strength. Yesterday’s Serbian guilt and today’s heaping of abuse on Greece certainly have no causal relationship with the impact of Greek and Serbian folk poetry. Nevertheless, between the exaltation and the singularly insidious stigma relationship there is revealed an example of disenchantment; that of little change in the interaction between social and mental structures from time immemorial.

Key words

Folk poetry, vernacular transmission, epic songs, folklore, oral tradition, romanticism, Balkans, Serbian, Neo-Greek, Europe, patriarchal society, rural culture, popular memory, Homeric texts, Slavic studies.



NOTES

[1] Montaigne (ch. LIV, Essais I), Rousseau, Mérimée, Gérard de Nerval ont été les premiers admirateurs et imitateurs de la poésie populaire, française mais aussi exotique.

[2] J. G. Herder, Volkslieder, Leipzig, 1778 (« Ein Gesang von Milos Kobilich und Vuk Brankowich »,, “Klaggesang von der edlen Frauen des Asan Aga”, p. 130-138, 309-314).

[3] Après le recueil mémorable de Herder et avant la contribution décisive de Goethe, puis les conférences de 1802-1803 de A. W. Schlegel à Berlin, Charles Villiers rend hommage, en 1810, à quelques-uns des Français qui ont « commencé à faire renaître le goût de l’ancienne poésie nationale » (Lacurne de Sainte-Palaye, Legrand d’Aussy, Caylus), H. Tronchon, Mélanges Baldensperger II,  Paris, H. Champion, 1930, p. 296-311.

[4] Qui, en 1823, dans sa revue Uber Kunst und Altertum, publie quelques chants néo-grecs communiqués par l’historien français J.-A. Buchon.

[5] C’est sous l’impulsion de Napoléon, qui voulait que la poésie populaire française fût recueillie et publiée, que fut créée, en 1807 à Paris, l’Académie celtique. Elle dressa un Questionnaire, largement diffusé aussi en Alsace et en Allemagne, qui établissait une méthode pour recueillir ce trésor menacé de disparition. Membre correspondant de cette Académie, Grimm fut singulièrement incité à l’action par cet instrument de travail, cf. M. Barrès, Génie du Rhin, Paris, Plon, 1921, p. 68, 72-73.

[6] Alberto de Fortis, Voyage en Dalmatie, 1778 ; C. Nodier, Télégraphe officiel des Pro-vinces Illyriennes, Ljubljana, 1813 ; id., Smarra, ou les démons de la nuit, conte fantastique, Paris, 1821 ; Marija Stanonik, Le Folklore littéraire. Approche pluridisciplinaire d’un phénomène syncrétique, Paris, L’Harmatan, 2009, p. 11.

[7] Dans son roman dédié à Catherine II, intitulé Les Morlaques, et qui a eu des lecteurs illustres tels que Goethe et Mme de Staël, elle peint les mœurs primitives « d’un peuple qui pense, parle et agit d’une manière différente de la nôtre », cf. M. Ibrovac, Claude Fauriel et la fortune européenne des poésies populaires grecque et serbe. Étude d'histoire romantique, suivie du Cours de Fauriel [la Poésie populaire des Serbes et des Grecs] professé en Sorbonne (1831-1832). Documents inédits, Paris, Librairie Marcel Didier, 1966, p. 262-263.

[8] Dans un chapitre de son roman autobiographique Corinne, elle s’inspire des Morlaques à propos desquels elle écrivait à Goethe (dont elle dit  par ailleurs : « Il devient quand il veut un Grec, un Indien, un Morlaque. »), en 1804 : « Je suis ravie de la Femme morlaque. »

[9] Vuk Karadžić, édition d’État, III, n° 39.

[10] Qui, dit-il, « peignent merveilleusement les sentiments les plus doux de l’homme », et qui « ne cèdent point du tout sous ce rapport aux complaintes boursouflées de l’Homère de Selma », et dont il retrouve « la pureté du ciel, la beauté des productions, la grandeur des événements, et l’heureux voisinage de la Grèce », cf. Ibrovac, op. cit., p. 264-265.

[11] Plus tard, ce seront aussi L’Uscoque de Georges Sand, Les Monténégrins de Gérard de Nerval, La Montagne noire d’Augusta Holmes, Yanko le bandit de Théophile Gauthier, Pour la couronne de François Coppée, qui ont en commun une couleur locale factice et surfaite.

[12] P. Mérimée, La Guzla, ou choix des poésies illyriques recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l’Herzégovine, Paris - Strasbourg, F.-G. Levrault, 1827, XII + 484 p. ; réédition, Paris, éd. Kimé, 1994. « Quelques critiques russes, afin de justifier la méprise de Pouchkine, sans soupçonner combien La Guzla diffère de la véritable poésie serbe, nous assurent gravement que si Mérimée avait réussi à composer un si bon pastiche de cette poésie, c'est parce qu'il avait passé sa jeunesse en Dalmatie, à Raguse, où son père, “le célèbre peintre et architecte Louis-Léonor Mérimée”, accompagnait le maréchal Marmont ! “Attentif et intelligent, l'enfant y avait entendu des chants, remarqué des croyances serbes dont il garda le souvenir.” (Voir La Grande encyclopédie russe, articles : Mérimée, Pouchkine ; et la Novoé Vrémia du 25 oct. 1894 : Prosper Mérimée et ses rapports avec la littérature russe, par M. P. Matvéeff.) », cf. V. M. Yovanovitch, La Guzla de Prosper Mérimée. Étude d’histoire romantique, Paris, Hachette et Cie, 1911, p. 501 (http://www.blackmask.com).

[13] J. L. C. Grimm, « Narodne srpske pesme », Göttingischte gelehrte Anzeigen, n° 177-178 (1823) ; réimpr. in Kleinere Schriften IV, Berlin, 1869, p. 197-205.

[14] M. Ibrovac, Claude Fauriel et la fortune européenne des poésies populaires grecque et serbe. Etude d'histoire romantique, suivie du Cours de Fauriel [La Poésie populaire des Serbes et des Grecs] professé en Sorbonne (1831-1832). Documents inédits, Paris, 1966, p. 278.

[15] Therese A. L. von Jakob Talvj, Volksliender der Serben I-II, Halle, 1825 (Halle-Leipzig, 1863, 3e édition augmentée).

[16] S. Kapper, Die Gesange der Serben I-II, Liepzig, 1852.

[17] J. Bowring, Servian Popular Poetry, Londres, 1827 ; O. Meredith, Serbski Pesme or National Songs of Serbia, Londres, 1861 (rééditions : Boston, 1877 ; Londres, 1917).

[18] Elise Voïart, Chants populaires des Serviens, recueillis par Wuk Stephanowitsch et traduits d’après Talvy I-II, Paris, Albert Mercklein, 1934.

[19] A. Fortis, « Canto di Milos Cobilich e di Vuko Brancovich », Saggi d’osservazioni sopra l’isola di Cherso ed Osero, Venise, 1771. La découverte de cette poésie par Fortis n’est qu’une redécouverte, puisque c’est dans la mouvance pétrarquienne des lettrés des villes latines du littoral adriatique oriental au XVIe siècle, puis dans les recueils du XVIIe et du XVIIIe siècle, que la poésie épique populaire fut découverte par les humanistes dal­mates, dont notamment P. Hektorović, Ribanje i ribarsko prigovaranje [Pêche et cause­ries des pêcheurs], Venise, 1568. En 1547 à Split, les chants sur Marko sont en vogue ; en 1555, Petar Hektorović (Hvar) met par écrit le chant « Marko Kraljević et son frère An­drijaš » ; au début du XVIIe siècle Juraj Križanić fait mention des chants sur Marko qu’il avait volontiers écoutés dans son enfance, cf. E. Fermendžin, « Prinos za životopis Jurja Križanića », Starine XVIII (1886), p. 229. AKačić-Miošić, Razgovor ugodni naroda slovinskoga [Conversation aimable du peuple slave], Venise, 1756 et 1759. Voir aussi : Heroic ballads of Servia, translated into English verse by George Rapall Noyes and Leonard Bacon, Boston 1913 ; Poèmes nationaux du peuple serbe, tr. par Angélia al Yakchitch et Marcel Robert, préface de M. Jovan Cvijić, Paris, 1918 ; Kosovo heroic songs of the Serbs, tr. from the original by Helen Rootham, introduction by M. Baring ; historical preface by J. Lavrin, frontispiece by Toma Rosandic,  Published 1920 by B. H. Blackwell in Oxford ; A. Vaillant, « Les chants épiques des Slaves du Sud », Revue des cours et conférences (1932) ; H. Munro, Nora Kershaw Chadwick, “Yugoslav Oral Poetry”, The Growth of Literature II, Cambridge 1936, p. 297-456 ; M. Murko, La poésie populaire, Paris 1929 ; Id., Tragom srpsko-hrvatske narodne epike (Recherches sur l’épique populaire serbo-croate), Zagreb 1951 ; B. Bojović, « L’Humanisme de la Renaissance entre romanité balkanique et illyrisme slave », in La Renaissance dans le Sud-est européen, Université de Calabre, Cosenza-Bucarest-Paris, 2006, p. 19-28.

[20] A. Dozon, Poésies populaires serbes, Paris, E. Dentu, 1859 ; id., L’Épopée serbe. Chants populaires héroïques. Serbie, Bosnie et Herzégovine, Croatie, Dalmatie, Monténégro. Traduits sur les originaux avec une introduction et des notes, Paris, Ernest Leroux, 1888.

[21] Sur ce cours de Claude Fauriel : V. M. Jovanović, « Klod Foriel i srpska narodna poezija » [Claude Fauriel et la poésie populaire serbe], Srpski književni glasnik 1er-16 février 1910 ; M. Ćurčin, « Foriel i njegove preteče u Nemačkoj» [Fauriel et ses précurseurs en Allemagne], Srpski književni glasnik 1er-16 février 1910 ; M. Ibrovac, « Les Affinités de la poésie populaire Serbe et Néogrecque », Godišnjak BIuS I, Sarajevo, 1957, p. 389-455.

[22] Lors de sa nomination à la Sorbonne en 1830, Fauriel fut loué à la tribune de la Chambre Haute : « Personne n’a mis en circulation plus d’idées nouvelles que lui », une appréciation souvent répétée à son égard, notamment par Ernest Renan.

[23] Vuk Karadžić, Srpske junačke pjesme [Chants épiques serbes], première édition, Vienne, 1814-1815. Le recueil de chants épiques du Manuscrit d’Erlangen (v. 1720), (éd. G. Gesemann, Erlangenski rukopis starih srpsko-hrvatskih narodnih pesama [Le Manuscrit d’Erlangen des anciens chants populaires serbo-croates], Sremski Karlovci, 1925, CXLVIII + 353 p.).

[24] A. d’Avril, La Bataille de Kossovo, Paris, Librairie du Luxembourg, 1868 ; « L'œuvre épique de la nation serbe nous offre deux cycles principaux : Kossovo et Marko Kraliévitch. Il n'est pas téméraire de comparer le premier à une Iliade, le second à une Odyssée. » ; « Si l’on veut bien comprendre un peuple, ce n’est pas par les détails de la vie commune qu’on y arrivera : il faut chercher à saisir quelque part son âme ; il faut découvrir son idéal. - Dis-moi quel est ton idéal, et je te dirai qui tu es. » ;  id., Voyage sentimental dans les pays slaves, Paris, éd. V. Palmé 1876, p. 27, 83. http://www.jeune-france.org/Tribune%20euro-peenne/kossovo.htm

[25]A. Millien, Chants populaires de la Grèce, de la Serbie et du Monténégro, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, 1891 ; D. Hénard, J. Tréfouel, Achille Millien, Nivernais passeur de mémoire,  France 3 Bourgogne Franche-Comté & « Les films du lieu-dit », Documents d’ethnologie régionale, Vol. 14, 2005.

[26] X. Marmier, Lettres sur l'Adriatique et le Monténégro, 1854, 2 vol.

[27]  C. Robert, « Les Quatre littératures slaves. Renaissance des lettres dans l'Europe orientale » (1852) ; « Le Monde gréco-slave », Revue des deux mondes, 1-3, 8-11 (1843-45) ; « Le Gouslo et la poésie populaire des slaves », Revue des deux mondes, 2 (1853) ; « De l’enseignement des littératures slaves », Revue des deux mondes, 13 (1846).

[28]  Dora d’Istria, « La nationalité serbe d'après les chants populaires », Revue des deux mondes (1865). 

[29]  L. Leger, Le Monde slave, études politiques et littéraires, Paris, Hachette, 1897.

[30]  E. Haumant, La Yougoslavie. Études et souvenirs. La Nationalité serbo-croate. Types yougoslaves. La Slavisation de la Dalmatie. Les Français à Raguse. Les Souvenirs de M. de Tkalats. La Première Histoire serbe. La Légende de Kossovo. Hélène d'Anjou à Gradats. L'Aurore de la liberté. L'Armée de Karageorges ..., Paris, éd. Bossard, 1927.

[31]  E. Schuré, La Roussalka, Paris, éd. Perrin, 1902.

[32]  Or, « une cloison étanche semble avoir séparé de tout temps la chanson populaire des productions des classes cultivées », J. Tiersot, La Chanson populaire et les écrivains romantiques,  Paris, Les Petits-fils de Plon et Nourrit, 1931, p. 11.

[33]  C’est l’anonymat du chantre et le caractère impersonnel de l’auteur qui met particulièrement bien en relief la primauté de la collectivité sur l’individualisme dans cette culture populaire en marge de l’histoire et de l’expression écrite. L’image du héros y acquiert d’autant plus d’importance qu’elle est une expression hautement symbolique des structures mentales et sociales.  Cf. B. Bojović, « Vers une typologie du héros dans la poésie épique du sud-est européen slave », Études balkaniques. Cahiers Pierre Belon. Recherches interdisciplinaires sur les mondes hellénique et balkanique, 7 (2000), p. 69-87.

[34] M. Ibrovac, op. cit., p. 448.

[35] M. Parry, A. B. Lord, Serbo-Croatian Heroic Songs, Cambridge, Mass, Belgrade, 1954 ; A. B. Lord, The Singer of Tales, Cambridge-London, 1960. Étude (années 1930), par Milman Parry, de la technique d’apprentissage et de composition chez le rapsode épique (surtout pour les épopées d’Homère) à l’aide des techniques des rapsodes yougoslaves, voir A. B. Lord, op. cit., p. 379-384. M. Parry, The Making of Homeric Verse: The Collected Papers of Milman Parry, edited by A. Parry (Oxford University Press, 1971). The Milman Parry collection of records and transcriptions of South Slavic heroic poetry is now in the Widener Library of Harward University.

[36] Le matériel recueilli devait offrir à d’autres spécialistes, comme Albert Lord, l’occasion d’étudier les derniers reflets d'une transmission orale encore en activité à cette époque chez les populations des montagnes dinariques, cf. A. B. Lord, The Singer of Tales, Harward (philologie classique); Roman Jakobson (Harward, 1948 ; id., « The Haiduk Tradition in Balkan Literature », Actes du II congrès international des études du sud-est européen (Athènes 1970), Athènes, 1978, p. 631-640.

[37] C’est, selon Mickiewicz, cette « impartialité majestueuse que nous admirons chez Homère », « et même une impartialité confessionnelle », « l’idée du sacrifice… le triomphe est pour les cieux… la gloire du héros est pour ici-bas ». (A. Mickiewicz, Les Slaves, Paris, 1845 (réimpr. Paris, 1866). « Mickiewicz s'occupa à nouveau de la poésie populaire serbe. En 1855, il fut envoyé par le gouvernement français en Orient, avec la mission de jeter les premières bases d'une organisation de légions polonaises qu'on devait employer à la guerre contre la Russie. Il devait aussi faire un rapport politique et littéraire sur les pays slaves de la péninsule balkanique, et il reçut à ce sujet les instructions suivantes du Ministre de l'Instruction publique (H. Fortoul) : “De Constantinople, M. Mickiewicz se rendra, en traversant la Bulgarie, à Widdin, centre commercial de ce pays. Un court séjour dans la Bulgarie suffira pour prendre connaissance de tout ce qui peut avoir trait à la présente mission. La cité qui offrira le plus d'intérêt sous tous les rapports est Belgrade ; mais on ne doit point se borner à profiter des ressources scientifiques qui se trouvent dans cette capitale de la Serbie. Le pays serbe est si important au point de vue historique et littéraire qu'il serait utile d'en visiter toutes les villes les plus considérables. De la frontière de la Bosnie, on pourra prendre des informations sur la Bosnie et sur l'Herzégovine, dans le cas où, par suite des circonstances, il serait impossible de parcourir ces pays et de pousser l'excursion jusqu'au Monténégro.” (Ladislas Mickiewicz, Adam Mickiewicz, sa vie et son œuvre, p. 364.) Toutefois, le poète ne vit jamais la Serbie car, parti de Marseille pour Constantinople, il mourut dans cette dernière ville, le 26 novembre 1855, d'une attaque de choléra. »  Cf. V. M. Yovanovitch, La Guzla de Prosper Mérimée. Etude d’histoire romantique, Hachette et Cie, Paris, 1911, p. 522 (http://www.blackmask.com).


Publié sur Serbica.fr le 27 juillet 2012

Pour citer cet article :

Bojović, Boško, « La réception de la poésie populaire serbe en France dans la première moitié du XXe siècle », in Srebro, M. (dir.), La Littérature serbe dans le contexte européen : texte, contexte et intertextualité, Pessac, MSHA, 2013, p. 53-64.

Document mis en ligne le 27 juillet 2012 sur le site http://www.serbica.fr

 

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