Drainac portrait 2

Rade Drainac

 
 
 
 


II


     LE POÈME DU MOIS : JUILLET - AOÛT 2017

 


RADE DRAINAC

(1899-1943)



JEU DANGEREUX

 

Ô, pont de Brooklyn, plus grand du monde !
Celui-ci, sur le Danube, au fin fond de la plaine de Pannonie,
N’a pas vu de plus grand navigateur que moi.
Icare peut avoir une panne
Au cours de son haut vol,
Mes ailes toujours demeurent
Sur mes épaules.
 
Je gesticule des mains comme un rameur.
Au nord l’Europe est à demi écrasée !
Au sud c’est la route des Balkans.
Je fais un pas et me voilà déjà en vue des rivages de Crimée,
Et pour ce rêve –
J’ai passé ma jeunesse à reposer sur le sein des femmes.
 
Il suffit de ne pas rêver au-dessus des ponts d’eaux rêveuses,
D’eaux bleues,
D’eaux grises !
De faire un pas vers l’horizon où s’effacent
Les aigrettes dans les nuages...
 
Et si ce vif calembour
Survivait à votre rêve repassé ?
Et si mon verbe parvenait jusqu’à Port-Arthur,
Comme un aéroplane à trois moteurs élancé ?
 

Traduit du serbe par Boris Lazić

 


РАДЕ ДРАИНАЦ

 

ОПАСНА ИГРА

 

О, Бруклински мост, највећи на свету!
Овај на Дунаву, у дну Панонске низије,
Није видео већег морепловца од мене.
Икар у високом лету
Може квар да има,
Моја су крила без промене
На мојим плећима.
 
Машем рукама као веслима.
На северу Европа упола је сатрвена!
На југу пут је за Балкан.
Испружим корак, и већ сам на обалама Крима,
А за тај сан –
Целу младост проспавах на грудима жена.
 
Само с мостова не снатрити у воде сањиве,
У воде плаве,
У воде сиве!
Испружити корак видиком којим се даве
Чапље у облацима...
 
А шта ако овај живи каламбур
Надживи ваш испеглани сан?
А шта ако моја реч доспе чак у Портартур,
Захуктана као тромоторни аероплан?

 

In : Раде Драинац, Песме, Просвета, Београд, 1960.



Tous les mois <     

Jefimija_2

 

LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.