Danilov portrait
 
 
 
 


II


LE POÈME DU MOIS : MAI 2017

 

DRAGAN JOVANOVIĆ DANILOV
(
1960)


 

LES MAÎTRES ANTIQUES

 

Les maîtres antiques peuplent à nouveau
nos journées, avares de mots,
fourbus par un labeur qui est –
reconnaissons-le – exécuté.
 
Doués de dons dignes des dieux,
ils traversent l’agora au crépuscule, se promènent
sur la rive, loin des jeux dépensiers de la foule,
des soûleries bruyantes de tavernes fétides.
 
Ô maîtres antiques, anciens prophètes, témoins
du futur, nous avons vécu en des temps plus impénétrables
que les rêves : à présent, c’est dans vos paroles
que nous en recherchons l’écho.

Car tout devient visible lorsqu’on le regarde depuis
l’origine : nulle part nous ne saurions être sans vous,
ô maîtres antiques. Toutefois, nous disparaitrons
si nous ne détruisons pas vos royaumes étincelants.
 

Traduit du serbe par Boris Lazić

 

ДРАГАН ЈОВАНОВИЋ ДАНИЛОВ

 

ДРЕВНИ УЧИТЕЉИ

 

Увек изнова враћају се у наше дане
древни учитељи, шкрти у речима,
понешто уморни од тешког посла кога су,
ваља признати, обавили.
 
Обдарени даровима достојним богова,
у сумрак пролазе агором, или шетају обалом,
далеко од расипне разоноде светине
и бучних пијанки из смрадних крчми.
 
Древни наши учитељи, стари пророци, сведоци
будућности, живели смо у добу неразговетнијем
од снова; сада у вашим неизговореним речима
тражимо одјек.
 
Јер, све постаје видљиво кад се сагледа
из исхода самог: неће нас нигде бити без вас,
древни наши учитељи. А опет, пропашћемо
ако не разрушимо ваша сјајна краљевства.



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LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.