Zmaj J. J. portrait
 
 
 
 
 


II


   LE POÈME DU MOIS : MARS 2016

 

 
 

 JOVAN JOVANOVIĆ ZMAJ

 (1833-1904)

 



 
S’ARRACHAIT
 

Une pensée, telle la foudre,
Aussi rapide et aussi claire,
S’arrachait à l’âme fendre,
De l’âme la secrète aire.
 
S’élançait-elle vers les hauteurs –
Se dérobant à mon regard,
Que je ressente la douleur
Et pleure son souvenir, hagard ?
 
Reviendras-tu à moi jamais,
Afin qu’alors mieux je te garde,
Ô ma pensée… ou mon souhait,
Ou souvenir… brûlante écharde ?

Et elle, comme de me prédire,
Par le silence d’une douce nuit :
« Plus jamais ne vais revenir,
C’est toi qui vers moi t’enfuis. »

 
                                                  Traduit du serbe par Boris Lazić
      


ЈОВАН ЈОВАНОВИЋ ЗМАЈ

ОТКИДЕ  СЕ


Једна мисô, као муња, 
Тако брза, тако сјајна,
Откиде ми с’ исред душе 
И постаде души тајна.

Кâ да оде у вис горе, —
Не дâ с’ видет’ оку моме; 
Ја осећам бол откида
И жалим за њоме.

Хоћеш ми се икад вратит’,
Да те боље чувам таде,

Мисли моја... или жељо...
Ил’ спомене... шта л’ бијаде?

А она ми канда шапће 
Кроз тишину благе ноћи: 
„Нећу ти се никад вратит’, — 
Ти ћеш к мени доћи.“ 


1895.

 
 
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LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.