KuburicDjordje
 

 
 
 
 


II


             LE POÈME DU MOIS : MAI 2016

 

 


ĐORĐE KUBURIĆ

(1958)

 


JE NE VAIS PAS M’EVEILLER

 

Je ne vais pas m’éveiller

avant d’avoir composé quelque chose de sphérique, de parfait.

Un caillou rond et blanc, par exemple.

Peut-être un ton incomparable :

le chant du coq, un coup de fusil

fera-t-il échoué, brièvement, ce rêve.

Mais, si je m’éveille,

je reviendrais sous la forme du beuglement d’un cerf,
du murmure de l’herbe.

D’un poème sans mot.

                                  
Traduit du serbe par Boris Lazić

 

ЂОРЂЕ КУБУРИЋ


НЕЋУ СЕ ПРОБУДИТИ

 

Нећу се пробудити

док не испевам нешто округло и савршено.

Бели камен облутак, рецимо.

Можда ми какав неупоредиви тон:

кукурек петла или пушчани хитац

осујети, накратко, сан.

Али, ако се пробудим,

вратићу се као рика јелена, шум траве.

Песма без речи.

 

In  Ђорђе Кубурић, Blue moon,
Културни центар Новог Сада, Нови Сад, 2010.

 
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LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.