Simic Goran
 

 
 
 
 


II


LE POÈME DU MOIS : OCTOBRE 2016

 


GORAN SIMIĆ

(1952)

 

LES NUANCES DU RÊVE

 

J’ouvre le livre, et je me tais.
Une feuille tombe de l’autre côté de la fenètre :
j’éclate en sanglots comme un enfant.
Qu’as-tu, je demande, qu’as-tu,
ne sais-tu pas que dehors l’automne les feuilles dévore,
n’as-tu pas entendu parler de la mort ?

Ce n’est rien, je dis, ce n’est rien,
puis je ferme le livre, à demi humide,
et je me tais.

Traduit du serbe par Boris Lazić

 

ГОРАН СИМИЋ


НИЈАНСЕ СНА


Отворим књигу, и ћутим.
Са друге стране прозора отпадне лист:
Заплачем се као дијете.
Шта ти је, питам се, шта ти је
Зар не знаш да вани јесен ждере лишће,
Зар ниси чуо за смрт.

Ништа ми је, кажем, ништа ми је
Потом склопим књигу напола влажну,
И ћутим

 

In : А. Анушић, Ж. Малешевић, Насукани на лист лирике, ЗУНС, Источно Сарајево, 2006.

 

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LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.