SERBICA
Réalistes serbe  
 СЕРБИКА
                       Revue électronique               
   ISSN 2268-3445              N° 18 /  janvier  2017                          
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Réalistes serbe

  Dossier spécial

LES ÉCRIVAINS RÉALISTES SERBES

Jakov Ignjatović, Milovan Glišić, Laza Lazarević,
Janko Veselinović, Simo Matavulj,
Stevan Sremac et Svetolik Ranković

♦ SOMMAIRE ♦

1.
 
LE MOUVEMENT RÉALISTE SERBE
 
Le réalisme : l’ère du conte
par Jovan Deretić
traduit par Alain Cappon
 
L’évolution de la nouvelle réaliste serbe :
de la nouvelle dite « rustique » au récit moderne
par Milivoj Srebro
 
Les écrivains slaves dans le réalisme serbe
par Dušan Ivanić
traduit par Alain Cappon
 
2.
JAKOV IGNJATOVIĆ
1822 -1889

 
La figure la plus importante du roman serbe du XIXe siècle
par Jovan Deretić
traduit par Raphaël Baudrimont
 
Milan Narandžić : un extrait du roman
traduit par Angelina Djordjević
 
3.
MILOVAN GLIŠIĆ
1847- 1908

 
Père de la nouvelle réaliste serbe
par Jovan Deretić
traduit par Brigitte Mladenović
 
Le premier sillon / Prva brazda
traduit par Velimir Popović

4.

LAZA  LAZAREVIĆ
1851-1891
 
Le fondateur de la nouvelle psychologique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Jelena Antić 
 
La première fois à matines avec mon père / Prvi put s ocem na jutrenje
traduit par Velimir Popović
 
Au puits / Na bunaru
traduit par Milan V. Georgevitch
 
Le peuple t’en récompensera / Sve će to narod pozlatiti
traduit par Ivan Koriak
 
La nouvelle « Verter » de Laza Lazarević : pour et contre Werther de Goethe
par Lidija Tomić
traduit par Alain Cappon
 
5.

JANKO VESELINOVIĆ
1862-1905
 
Écrivain le plus prolixe de la nouvelle rustique serbe
par Jovan Deretić
traduit par  Marika Vibik
 
Sortilèges / Čini
traduit par Auguste Giron
 
Frères / Braća
traduit par Auguste Giron
 
6.
SIMO MATAVULJ
1852-1908
 
Un classique de la prose réaliste serbe 
par Jovan Deretić
traduit par Brigitte Mladenović
 
Un maître conteur
par Ivo Andrić
traduit par Alain Cappon
 
La vengeance sacrée / Sveta osveta
traduit par Dr Thomas Todorvić

7.

STEVAN  SREMAC
1855-1906

Le meilleur représentant de la prose humoristique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Jelena Antić

Le pope Ćira et le pope Spira
traduit par Laurand Kovacs

8.

SVETOLIK RANKOVIĆ
1863-1899
 
Le fondateur du roman psychologique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Raphaël Baudrimont
 
Le Tsar des montagnes / Gorski car - extrait
traduit par Angélique  Ristić

 
1.  LE  MOUVEMENT  RÉALISTE  SERBE ♦ 

Le réalisme : l’ère du conte
par Jovan Deretić
traduit par Alain Cappon

Le réalisme révèle, dans la littérature serbe, le petit peuple et son monde. La littérature s’attache à lui, et les écrivains focalisent leur attention sur les multiples formes de son existence, de celles très anciennes, folkloriques, à celles qu’apporte l’époque moderne. Ils s’attachent à transposer avec la plus grande fidélité possible les manières de vivre, les coutumes, les tempéraments, le parler de certaines régions serbes. La thématique régionale entre dans la littérature, et les particularités dialectales pénètrent la langue. Amoureux des anciennes traditions patriarcales désormais disparues, les réalistes présentent en connaisseurs aptes à les comprendre les conditions sociales et familiales qui prévalent à la campagne et dans les bourgs.

Le réalisme serbe déploie un éventail large et varié de phénomènes littéraires dans un vaste espace temporel. Les auteurs les plus précoces se révèlent dès les années 1860, au plus fort du mouvement romantique : Jakov Ignjatović et Stefan Mitrov Ljubiša, tous deux de la génération de Branko Radičević. […]. Dans les dernières décennies du XIXe siècle et les premières du XXe, la Serbie est le pays des conteurs. Originaires de régions différentes, ils en apportent les couleurs locales. Glišić, Lazarević, et Veselinović étaient natifs de l’ouest de la Serbie. Venus du centre du pays, de la Šumadija, Svetolik Ranković  et Radoje Domanović ont enrichi la prose serbe de qualités nouvelles, le premier dans le conte psychologique et le roman, le second dans la satire. […] La plus grande diversité de thèmes, de procédés, et de styles se trouve cependant chez Simo Matavulj et Stevan Sremac qui, tous deux, et mieux que la plupart des autres écrivains, ont su maîtriser et dépasser le régionalisme et l’aspect local. […] > Texte intégral <


*

L’évolution de la nouvelle réaliste serbe :  de la nouvelle dite « rustique » au récit moderne
par Milivoj Srebro

A partir des années soixante-dix du XIXe siècle, avec l’enracinement du réalisme dans la littérature serbe, la nouvelle connaît déjà un plein essor. Elle impose sa domination à tous les autres genres, y compris à la poésie et au roman qui, lui aussi, commence à jouer un rôle prépondérant avec Jakov Ignjatović, surnommé le « Balzac serbe ». Cette fulgurante expansion de la nouvelle est due, d’une part, au développement de la presse et des périodiques littéraires qui lui assurent une large diffusion et, d’autre part, à l’évolution interne de la littérature nationale : sous l’impact des idées nouvelles du réalisme, celle-ci favorise les formes littéraires les plus aptes à exprimer l’esprit de l’époque et à répondre aux préoccupations de la société serbe, elle aussi en pleine mutation.

Dans le même temps, sous la pression des théoriciens du réalisme – qui exigent de l’écrivain de se débarrasser des résidus du sentimentalisme romantique et d’être « le miroir » de la société en appliquant rigoureusement les principes du mimétisme – la nouvelle subit une profonde métamorphose. […] Durant cette relativement longue période du réalisme, « l’âge d’or » de la nouvelle serbe, celle-ci a franchi les différentes étapes de son évolution sans cesser – malgré la résistance coriace des conservateurs et des nostalgiques d’un monde patriarcal en déclin – de moderniser et d’enrichir ses moyens d’expression, d’élargir et de réactualiser son champ thématique, enfin, de réajuster en marche son regard sur l’homme et sur la réalité sociale. […]
> Texte intégral <

*

Les écrivains slaves dans le réalisme serbe
par Dušan Ivanić
traduit par Alain Cappon

La période du réalisme dans la littérature serbe est la caractéristique conditionnelle de la seconde moitié du XIXe siècle même si, à l’époque, existent en parallèle le haut romantisme et les différentes phases et types de réalisme, et ce jusqu’au modernisme naissant. C’est au cours de ces décennies que dans les littératures des petits peuples slaves, après la renaissance de la poésie pendant le romantisme, la prose renaît à son tour, le style prenant des formes nationales classiques. Pendant cette période, les journaux et revues serbes multiplient les traductions des langues slaves : russe, ukrainien, polonais, tchèque, slovaque, slovène, bulgare, serbe de Lusace. […]

Parmi les littératures slaves, c’est la littérature russe qui marque de son empreinte théorique et critique la genèse du réalisme serbe (influences de Nikolaï Tchernychevski, Nikolaï Dobrolioubov et Dimitri Pisarev sur Svetozar Marković et ses disciples), elle profile les idées directrices du programme réaliste et, en partie également, sa pratique de la prose ; elle influe clairement sur la phase du réalisme folklorique par le biais de ses thèmes, motifs et style, à dire vrai par ses techniques narratives (Nicolaï Gogol et, pour la littérature ukrainienne, Marko Vovtchok) jusqu’à ce que dans le cadre du réalisme poétique se manifestent l’action puissante et l’exceptionnelle popularité d’Ivan Tourgueniev qui, dans les années 1880, devient le symbole de l’opposition à Émile Zola et au naturalisme.
[…] La phase plus tardive de modernisation et de désintégration du réalisme sera marquée par de nouvelles traductions et de nouveaux étalons : Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov. […] > Texte intégral <


2. JAKOV  IGNJATOVIĆ
1822 -1889

La figure la plus importante du roman serbe du XIXe siècle
par Jovan Deretić
traduit par Raphaël Baudrimont

L'un des premiers et des plus illustres idéologues du romantisme serbe, Jakov Ignjatović, est également le premier écrivain réaliste de la littérature serbe. C'est en fait dans la période où il était le plus productif d’un point de vue littéraire, et où il participait au mouvement des romantiques dont il était le contemporain, qu’il s'est imposé comme auteur réaliste, grâce à ses œuvres les plus abouties. On pourrait d'ailleurs qualifier son style de réalisme romantique. […]
 
A l'instar de certains grands auteurs réalistes européens, Ignjatović a dépeint le destin d'un héros romantique dans une réalité non romantique. Cette confrontation entre romantisme et réalisme est la plus manifeste dans son roman Vasa Rešpekt (1875) dans lequel est évoquée, tout comme dans Dva idola [Les deux idoles] d'Atanacković d'abord, puis dans Sanjalo [Rêveur] de Milorad Šapčanin ensuite, la même période historique qui fut véritablement cruciale dans la formation du sentiment romantique national : la révolution de 1848 ainsi que les années qui l'ont précédée et suivie. […]
 
Jakov Ignjatović est la figure la plus importante du roman serbe du XIXe siècle, le fondateur et le représentant le plus significatif du roman réaliste chez les Serbes. De tous ses contemporains, c'est lui qui a apporté le panorama social le plus large, le plus riche et le plus coloré, toute une petite « comédie humaine », ainsi que le plus grand éventail de personnages de la littérature serbe. […] > Texte intégral <
 
Milan Narandžić

Le roman d'Ignjatović a de nombreuses similitudes avec le roman d'aventures du XVIIIe siècle de tradition picaresque. Ce qui le rapproche avant tout de ce type de roman, c'est son réalisme cru, sa propension à mettre en avant les formes basses et terre à terre de la vie, à narrer des histoires d'aventures et à mettre en scène des figures de roublards, d'imposteurs ou autres pêcheurs en eaux troubles qui émaillent les pages de ses ouvrages. C'est son premier roman, Milan Narandžić (1860), qui se rapproche le plus de ce genre littéraire, surtout dans sa première partie qui est la plus aboutie. Son héros éponyme mène une vie joyeuse et vagabonde d'aventurier débrouillard qui connaît bien les hommes et leurs faiblesses et sait tirer profit de toutes les bonnes occasions qui se présentent et esquiver ainsi avec habileté toutes les infortunes qui peuvent survenir dans la vie.


A lire :
traduction d'Angelina Djordjević

3. MILOVAN  GLIŠIĆ


1847 - 1908

Père de la nouvelle réaliste serbe
par Jovan Deretić
traduit par Brigitte Mladenović

[…] Bien qu’elle ne compte qu’une trentaine de nouvelles et deux comédies rurales, qu’elle soit marquée par certaines faiblesses artistiques propres à toute phase initiale d’un courant littéraire, l’œuvre de Milovan Glišić est empreinte de force élémentaire et de simplicité, ce qui fait de lui un écrivain important. […]
 
Soumis à une double influence, politique de Svetozar Marković et littéraire de Nicolas Gogol, Glišić a construit ses œuvres sur une base populaire, en les enrichissant d’éléments empruntés à la prose orale. Ses nouvelles satirico-humoristiques, qui sont les plus nombreuses et les plus marquantes, ainsi que ses deux comédies, se basent sur le modèle des récits et anecdotes populaires comiques. On y voit s’épanouir un esprit campagnard de moquerie, de dérision, de tromperie, dont sont toujours victimes les gens malhonnêtes, les escrocs, les oppresseurs du peuple. Ceux qui font profession de tromper les autres sont un jour eux-mêmes trompés, bernés, on leur rend la monnaie de leur pièce, « œil pour œil » ; ils sont cloués au pilori et justement punis pour les mauvaises actions qu’ils ont commises. Glišić narre tout cela de manière simple et naturelle, en recourant souvent aux procédés des conteurs populaires, dans une langue qui laisse transparaître le parler bien vivant de sa région natale. […] > Texte intégral <
 
Le premier sillon / Prva brazda
 
La superbe idyllepatriarcale, « Le premier sillon » est un hymne à la campagne, aux paysans et au travail de la terre, plein de gaieté et d’optimisme, imprégné des sentiments les plus purs et les plus nobles.
 
A lire :
> la version intégrale de la nouvelle <
traduction de Velimir Popović

4.   LAZA  LAZAREVIĆ
1851 - 1891
Le fondateur de la nouvelle psychologique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Jelena Antić
 
Laza Lazarević est le plus grand des conteurs réalistes serbes. Avec les neuf nouvelles, qu’il a pu finaliser durant sa courte vie, il fait partie des prosateurs majeurs de la littérature serbe. […]
 
Lazarević est un prosateur d’un profil différent de celui de Milovan Glišić, le fondateur de la nouvelle dite rustique. Dans sa prose, il n’y a pas de critique, propre à l’idéologie de Marković, du régime bureaucratique ni de l’enrichissement des usuriers si caractéristique des nouvelles de Glišić. Pourtant, on trouve chez lui une autre composante, non moins importante, de l’idéologie de Marković : l’idéalisation des valeurs de l’ancien monde patriarcal. […] Lazarević était conscient que la nouvelle époque avait ébranlé ces valeurs fondamentales. Cependant, à la différence de Glišić, il ne montrait pas les aspects sociaux mais plutôt moraux et individuels de la crise qui se dessinait. Le porteur de l’esprit de cette nouvel époque n’est chez lui ni « l’usurier-sangsue » ni le notaire corrompu, mais l’intellectuel. D’ailleurs, ses nouvelles sur les intellectuels (« Werther », « Le vent » et « l’Allemande ») succèdent aux idylles vécues à la campagne et dans les bourgades : « La première fois à matines avec mon père », « Au puits », « Les haïdouks au bon moment », « Il sait tout »). […]
 
Qu’il écrive sur des époques anciennes ou modernes, sur des gens simples ou des intellectuels, Lazarević est avant tout un moraliste. L’idéalisation de la société ancienne et la critique de la nouvelle société se manifestent chez lui exclusivement au niveau éthique. […] > Texte intégral <
 
La première fois à matines avec mon père / Prvi put s ocem na jutrenje
 
[Les meilleures nouvelles de Lazarević, et en particulier « La première fois à matines avec mon père », démontrent] sa capacité de révéler les états psychologiques et les drames intimes de ses personnages, sa force poétique pour dépeindre les différentes atmosphères, et le grand soin qu’il prenait dans l’expression et dans la composition de ses récits…
 
A lire :
traduction de Velimir Popović
 
Au puits / Na bunaru
 
[Comme le fait entrevoir sa nouvelle « Au puits »], dans la famille traditionnelle et dans la communauté familiale, ladite zadruga, Lazarević voit une union idéale, harmonieuse, dans laquelle chaque individu peut trouver sa sécurité et sa protection. Toutes les difficultés nées des tentations pécheresses de la nature humaine ou des attitudes individuelles qui ne se conforment pas aux normes de la morale collective, sont résolues facilement au sein de cette cellule familiale. Chaque brebis égarée a son propre berger qui le retrouvera et le ramènera à son troupeau…
 
A lire :
traduction de Milan V. Georgevitch
 
Le peuple t’en récompensera / Sve će to narod pozlatiti
 
La nouvelle « Le peuple t’en récompensera » occupe une place à part dans l’opus de Lazarević. L’action est transposée du passé dans le présent. Les gens sont ici, comme toujours chez lui, des personnes bienveillantes et humaines, et pourtant tout est différent. Les communautés qui s’occupaient autrefois de chaque individu ont disparu. L’homme grièvement blessé dans la guerre cherche en vain sa place dans la société et se voit laissé, abandonné à la merci du monde qui l’entoure.
A lire :
traduction d'Ivan Koriak

La nouvelle « Verter » de Laza Lazarević :
pour et contre Werther de Goethe
par Lidija Tomić
traduit par Alain Cappon
 
Le rapport entre Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe et la nouvelle « Verter » de Laza Lazarević allie complexité et inspiration poétique. Il touche aux dialogues qu’entretiennent deux visions du monde ainsi qu’aux relations comparées des motifs de l’amour, de la mort, et du milieu social. La manière dont Werther vit le monde transcende la sémantique de l’amour tragique et le cadre restreint de l’histoire sentimentale. Le contexte wertherien dans la nouvelle de Lazarević touche à la négation du wertherisme en tant que « maladie de l’âme », un état dans lequel le thème de l’amour non partagé se développe dans le cadre de la conscience patriarcale du héros et de la réalité grotesquement reconstituée du milieu provincial. > Texte intégral <
5.   JANKO  VESELINOVIĆ
1862 - 1905

Écrivain le plus prolixe de la nouvelle rustique serbe
par Jovan Deretić
traduit par  Marika Vibik
 
Janko Veselinović est considéré, après Milovan Glišić et Laza Lazarević, comme le troisième plus important représentant de la nouvelle rustique serbe. Plus proche de Glišić d’un point de vue tant littéraire que politique, il vient comme lui de la tradition orale, s'inspire des écrivains russes et admire Svetozar Marković (fondateur du mouvement socialiste en Serbie). Mais ce qui fait la particularité de la prose de Glišić, à savoir la critique sociale et l'humour, fait défaut à Veselinović. D'autre part, voire même davantage que Lazarević, Veselinović est attiré par la paysannerie traditionnelle ; comme lui, il a idéalisé les communautés familiales et les rapports patriarcaux en évitant toutefois les profondes secousses morales et les échappées psychologiques si caractéristiques chez Lazarević.
 
Les nouvelles de Veselinović exhalent la chaleur lyrique et la sensibilité de sorte que, parfois, elles tiennent davantage de poèmes en prose, ce qui se traduit dans le titre poétique donné à certains recueils : Poljsko cveće [Fleurs sauvages, 1890], Od srca srcu [De cœur à cœur, 1893], Rajske duše [Les âmes du paradis, 1983], Zeleni vajati / Les maisonnettes vertes, 1895]. Ses héros sont presque tous des "âmes du paradis", de riches désargentés, des gens qui ont du "cœur pour tout le monde"… comme il l'écrit dans une nouvelle. Dans ce monde, les conflits sont la plupart du temps occasionnels et temporaires. Ils surgissent de situations malheureuses et de l'incompréhension [et peuvent parfois prendre la forme d’un drame familial comme c’est le cas dans les nouvelles « Sortilèges » et « Frères »] […] > Texte intégral <
 
A lire :
Sortilèges / Čini
> la version intégrale de la nouvelle <
traduction d'Auguste Giron
 
Frères / Braća
> la version intégrale de la nouvelle <
traduction d'Auguste Giron
6 SIMO  MATAVULJ

1852 - 1908

Un classique de la prose réaliste serbe
par Jovan Deretić
traduit par Brigitte Mladenović
 
Bien que Simo Matavulj ait commencé à écrire relativement tard, vers l’âge de 30 ans, il a légué une œuvre importante : une centaine de nouvelles, deux romans, quelques textes de mémoires et plusieurs récits de voyage, deux drames, un certain nombre d’essais littéraires, plusieurs traductions du français et de l’italien. […]
 
Ce sont les prosateurs italiens et français, en particulier Maupassant, qui ont exercé la plus grande influence dans sa formation d’écrivain. Deux tendances contraires de son tempérament artistique se sont en permanence opposées dans son œuvre : son talent spontané, effréné de narrateur, et son sens de la mesure, de l’harmonie et de la sobriété dans la composition. Au fur et à mesure qu’il mûrissait en tant qu’écrivain, Matavulj s’est efforcé de maîtriser ses penchants naturels, son sens du récit et de l’humour, de les dompter et les mettre au service de desseins artistiques… Son évolution artistique va de la narration spontanée, teintée de folklore et insuffisamment structurée à la prose moderne où rien n’est laissé au hasard ou à l’improvisation, mais où chaque détail est soigneusement choisi, pesé et harmonieusement intégré dans l’ensemble organique de la nouvelle. […]

Simo Matavulj est un classique de la prose réaliste serbe et, avec Laza Lazarević, son plus grand maître, « un maître conteur », comme l’a qualifié Ivo Andri
ć. > Texte intégral <
*
Un maître conteur
par Ivo Andrić
traduit par Alain Cappon
 
[…] Il nous arrive à chacun de nous, lecteurs, et à plusieurs reprises au cours de notre existence, de faire de pareilles expériences et, avec une curiosité non dénuée d’une certaine appréhension, de reprendre en mains des dizaines d’années plus tard l’œuvre d’un écrivain que nous aimions et avec qui nous sentions davantage de proximité. L’œuvre littéraire de Matavulj compte parmi celles qui n’ont rien à craindre de pareilles expériences. À l’inverse, chaque relecture de ses nouvelles s’est toujours révélée en ce qui me concerne une situation où je passais un examen face à mon écrivain et non celle où j’étais, moi, son examinateur, où je me mettais en quête de ce que je n’avais pas pu ou su voir jadis, les points ou forts ou faibles de son œuvre.
 
Et aujourd’hui, bon nombre d’années plus tard, j’éprouve de nouveau l’admiration qui fut la mienne à lire cette prose réaliste, simple, limpide, où chaque continent effleure réellement la mer, où l’air des hauteurs se mêle à celui marin. Ce qui surprend toujours dans une nouvelle de Simo Matavulj, c’est l’aisance avec laquelle il aborde les personnages et décrit leurs actions, le naturel avec lequel il les dépeint et les mène, la facilité avec laquelle l’histoire prenant fin, il les disperse sous nos yeux pour laisser beaucoup d’entre eux demeurer à jamais dans notre souvenir. […]
 
À feuilleter ses recueils de nouvelles, il me semble qu’en dépit de la réception que son œuvre a toujours connue tant auprès de la critique que des lecteurs, la maîtrise de ce conteur n’a pas été appréciée à sa juste valeur ni mise en lumière. (D’autant plus que ce mot de « maîtrise » n’a nulle connotation péjorative mais recouvre ce qu’il doit signifier d’un grand écrivain, son esprit d’observation et sa capacité à exprimer ce qu’il a observé.) Comme il y a de nombreuses années, et aujourd’hui bien davantage, je suis émerveillé par une telle maîtrise. […] > Texte intégral <
 
A lire :
La vengeance sacrée / Sveta osveta
> la version intégrale de la nouvelle <
traduction de Dr Thomas Todorvić
7.  STEVAN  SREMAC
1855 - 1906
Le meilleur représentant de la prose humoristique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Jelena Antić
 
Parmi les écrivains réalistes serbes nés hors de la Serbie, Stevan Sremac occupe, avec Simo Matavulj, une place particulière. De trois ans plus jeune que Matavulj, il entre sur la scène littéraire beaucoup plus tard […]
 
Sremac a construit ses œuvres littéraires de façon singulière. Excellent observateur, mais sans posséder le talent d’inventer, son point de départ est souvent un sujet emprunté, une anecdote qu’il développe et élargit en y introduisant, comme dans un cadre, des éléments divers. C’est pourquoi son œuvre abonde d’une telle richesse de vie, d’une telle variété de faits, mais en même temps ne se caractérise pas par son unité et la cohésion de ses composantes. Ceci vaut pour ses nouvelles mais aussi pour ses ouvrages plus volumineux que l’on peut nommer romans, même si lui-même les appelait « contes » : La slava d’Ivko (1895), Le pope Ćira et le pope Spira (1898), Zona Zamfirova (1903). […]
 
Le meilleur représentant de la prose humoristique serbe avec Branislav Nušić, le maître de l’humour de la littérature serbe, Stevan Sremac a subi le destin, dans une grande mesure commun aux humoristes : il a acquis une grande popularité chez les lecteurs et, parallèlement chez les critiques, une réputation d’écrivain peu sérieux cherchant seulement à amuser et à divertir. Mais dans ce malentendu « typique », les lecteurs ont mieux ressenti ses qualités que la majorité des critiques. Car l’œuvre de Sremac n’offre pas seulement le rire mais aussi la poésie de la vie (« Sremac, dit Antun Barac, était lyrique dans son âme »,) tout en soulevant les questions sérieuses de son époque. > Texte intégral <
 
Pope Ćira et pope Spira
 
Pope Ćira et pope Spira est un roman humoristique où abondent anecdotes et personnages comiques. Ainsi, en partant de l’éphémère dispute entre leurs épouses et de la rixe qui oppose les deux prêtres – causés par l’arrivée d’un jeune instituteur que les deux familles veulent pour gendre – l’auteur dévoile un vaste panorama de la campagne de Voïvodine. Les épisodes indépendants qui mettent en scène des personnages secondaires, dont certains plus marquants que les principaux, le rendu de l’ambiance et de l’atmosphère campagnarde, les descriptions poétiques sont l’attrait principal et la valeur de ce livre.
 
A lire :
> un
extrait du roman <
traduction de Laurand Kovacs
8.  SVETOLIK  RANKOVIĆ
1863 - 1899

Le fondateur du roman psychologique serbe
par Jovan Deretić
traduit par Raphaël Baudrimont

[…] Svetolik Ranković appartient à la ligne psychologique du réalisme serbe, initiée par Laza Lazarević… Sa carrière littéraire a été de courte durée, à peine une décennie, la mort l’ayant emporté alors qu’il était en pleine puissance créatrice. Les trois romans qui composent la partie la plus significative de l’opus de Ranković sont apparus dans les dernières années de sa vie au moment où il luttait fiévreusement contre la mort, ce qui peut expliquer certaines faiblesses dans leur composition.

Ranković crée un roman de la personnalité. L’histoire de la vie d’un héros principal est au cœur de chacun de ses romans : Le Tsar des montagnes / Gorski car (1897) relate l’histoire d’un jeune homme d’origine rurale appelé Djurica qui, de petit voleur, devient un bandit et un truand hors pair. L’Institutrice de campagne / Seoska učiteljica (1899) met en scène le destin tragique de deux enseignants en milieu rural – Ljubica et Gojko. Enfin, dans Idéaux brisés / Porušeni ideali (1900), il s’agit de la vie du moine Léontije. Le héros de Ranković a quelque chose du sentiment d’aliénation romantique. Il est en conflit perpétuel avec le monde qui l’entoure. Il entame sa vie plein d’idéaux et d’aspirations, mais la termine désabusé, sans espoir, sans idéal et sans foi en la vie. […]

Romancier réaliste le plus important après Jakov Ignjatović, Svetolik Ranković a été le fondateur du roman psychologique serbe, tout comme Ignjatović l’a été pour le roman social. > Texte intégral <

A lire :
Le Tsar des montagnes / Gorski car
> un extrait du roman <
traduction d'Angélique Ristić

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Université Bordeaux Montaigne 
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