La littérature serbe contemporaine

Enquête : prose / nouvelle et roman

 

Réponses de Dragan Babić

 

Babic Dragan 

Dragan Babić

 

I. 1990 - 2000

1.

La dernière décennie du XXe siècle aura été l’une des périodes les plus tourmentées de l’histoire serbe et yougoslave contemporaine, une période marquée par des événements dramatiques aux conséquences tragiques : l’effondrement de la Yougoslavie, de longues années de guerre civile, le bombardement de la Serbie par les forces de l’OTAN… Dans quelle mesure et de quelle façon ces événements ont-ils pesé sur la littérature et sur son évolution au cours de cette décennie ?

De la perspective qui est la nôtre aujourd’hui, les événements historiques des années 90 ont eu une incidence sur la prose pour ce qui est de sa forme et de ses thèmes. La mise en place d’un cadre thématique est apparue la continuation naturelle des courants précédents de la prose serbe qui, tout au long du siècle, avait entretenu un rapport spécifique à l’Histoire, son élément constamment présent. De la Première Guerre mondiale à l’effondrement de la RSFY, l’Histoire proche et lointaine avait servi d’assise permanente à la création littéraire. Comment donc s’étonner qu’une période aussi tourmentée que les années 90 ait « engendré » une série d’ouvrages qui sondent ses racines, ses courants, et ses conséquences tant pour l’individu qui se trouve pris entre les mâchoires de l’Histoire et, le plus souvent, est au centre de l’élément narratif, que pour le peuple dans son ensemble ? Ces ouvrages rapportent les changements dont s’accompagne le passage des décennies paisibles, utopiques précédentes aux années d’insécurité du nouveau millénaire.

2.

Le contexte historique et social spécifique – dans lequel les rapports entre politique et esthétique se sont encore un peu plus tendus – a-t-il favorisé l’émergence de certaines formes de littérature dite « engagée ». Si oui, comment cet engagement littéraire s’est-il exprimé, et pour quels résultats sur le plan esthétique ?

Variant de l’enregistrement de l’instant à la nécessité d’une présence sociale plus importante, les formes en prose d’une littérature engagée sont de nouveau apparues tel le prolongement des commentaires sur la réalité laissés par les générations d’écrivains précédentes. Elles étaient certes singulières dans le corpus de la prose serbe, mais nullement les premières de ce genre. Elles commentaient la nouvelle réalité, les nouveaux rapports, les nouveaux éléments, les nouvelles personnalités, mais établissaient aussi des liens avec les époques antérieures. D’un point de vue esthétique, la littérature engagée a apporté une expression plus libre, une approche réaliste, et une manière narrative plus semblable au langage parlé, affranchie des contraintes formelles.

3.

Avant 1990 la littérature serbe montrait un grand degré d’ouverture aux nouvelles tendances de la scène littéraire mondiale et, en particulier, européenne. Le contexte politique spécifique et la situation d’isolement dans laquelle la Serbie s’est trouvée à la fin du XXe siècle ont-ils influé sur une telle orientation (ouverture) de la littérature nationale ?

Quand on examine le corpus littéraire qui arrivait de l’étranger et la production dans le cadre de notre littérature, on s’aperçoit que l’isolement politique, commercial, économique, et même sportif, n’a pas marqué la littérature autant qu’il a pu frapper les autres secteurs de l’existence. Les traductions demeuraient accessibles et furent souvent mieux traitées qu’elles ne le sont aujourd’hui. Nous n’avons donc pas vu de rupture dans l’ouverture de la littérature serbe au monde (ce qui aurait très bien pu se produire), et c’est là, au final, l’un des rares traits positifs de cette période.

4.

On entend fréquemment exprimer l’opinion que le postmodernisme – qui compta un grand nombre d’adeptes parmi les écrivains qui se révélèrent dans les années 80 – aura été l’une des grandes orientations poétiques de la prose serbe au cours des années 90. Partagez-vous ce point de vue ? Quelles similitudes et quelles différences caractérisent les œuvres postmodernes qui ont vu le jour avant et après 1990 ?

Ce qui distingue le postmodernisme serbe de celui mondial peut se discuter sur les questions de formes, mais aussi sur le rapport à l’Histoire et à la vérité. De même une différence existe entre les ouvrages qui remettent en question les principes immuables de l’ordre social et de la structure politique, et ceux qui se tournent vers une interrogation postmoderniste des faits historiques. Il est toutefois aisé de nommer les prosateurs qui, par leurs livres, sont les représentants de ce mouvement et dont je serais incapable d’imaginer ou de décrire l’opus sans recourir aux termes typiques du postmodernisme.

5.

Quels concepts poétiques caractérisent la nouvelle et le roman serbes à la fin du XXe siècle et en quoi se différencient-ils ?

Entre autres, fuite du traditionalisme, recherche de nouvelles formes, cadre romanesque plus resserré, jeu avec la narration et la focalisation, récit mené de points de vue peu courants, présence d’expressions autopoétiques, effacement de la frontière entre l’auteur et son livre ; et, aussi, négation, déconstruction, et reconstruction des modèles narratifs figés.

6.

Au cours des années 90, au demeurant comme lors des décennies précédentes, plusieurs générations d’écrivains coexistaient sur la scène littéraire serbe. Quels nouvellistes et romanciers ont imprimé la trace la plus profonde dans la prose de cette décennie ?

1. David Albahari : l’un des meilleurs représentants de la génération. Des livres tels le roman Cink [Le Zinc] et les recueils de nouvelles Opis smrti [Description de la mort), Fras u šupi [Terreur au hangar], et Jednostavnost [Simplicité] publiés dans les années 1980 et lui apportèrent le succès, mais une autre forme d’écriture et de regard porté sur le monde a résulté d’un changement sur le plan personnel (migration au Canada). S’opère ainsi le passage à ladite block form, le récit d’un seul tenant ; ses romans des années 1990 (Snežni čovekL’Homme de neige, Mamac – L’Appât, Gec i Majer – Goetz et Mayer[1]) sont lus aujourd’hui encore.

2. Vladimir Arsenijević : toujours à ce jour le plus jeune lauréat du prix NIN, porteur d’un titre chargé d’une connotation positive mais aussi d’un lourd fardeau, Arsenijević fut très fécond au cours des années 90. Il fit une entrée magistrale et bruyante sur la scène littéraire avec son roman U potpalublju [À fond de cale] (1994) considéré aujourd’hui encore comme son meilleur livre et le plus apprécié. Vinrent ensuite Andjela et Meksiko : ratni dnevnik [Mexico : journal de guerre). Il a insufflé un nouvel élan à la littérature serbe, et d’autres auteurs aux traits poétiques et biographiques similaires ont copié, avec plus ou moins de succès, son approche de la littérature.

Arsenijevic A fond

V. Arsenijević : À fond de cale

3. Svetlana Velmar-Janković : entre ses romans Lagum [Dans le noir], Bezdno [L’Abîme], Nigdina [Le Pays de nulle part], et les recueils Vračar et Knjiga za Marka [Livre pour Marko], cette auteure a affirmé son statut de voix littéraire incontournable à son époque et d’écrivain qui, différemment des autres, considère le monde qui se présente à ses yeux ; consciente de l’histoire mondiale, nationale, familiale, et personnelle, elle est parvenue à toucher différentes générations de lecteurs et à s’affirmer avec un égal talent dans plusieurs genres.

4. Mihailo Pantić : exclusivement nouvelliste, mais aussi critique, professeur, et arbitre de la littérature serbe, il a déployé son activité sur plusieurs fronts. De son travail de création sont nés les recueils Pesnici, pisci i ostala menagerija [Poètes, écrivains et le reste de la ménagerie], Ne mogu de se setim jedne rečenice [Impossible de me souvenir d’une phrase], Novobeogradske priče [Nouvelles de Beograd] et Sedmi dan Košave [Le Septième jour de la Košava]. Quittant l’espace confiné d’une chambre qui fut celui de ses premiers textes, il ouvre au cours des années 90 de nouvelles frontières et pose de nouveaux jalons qu’il continue de pousser plus loin.

5. Radoslav Petković : s’il n’avait écrit pour tout livre que Sudbina i komentari [Destin et commentaires], ce prosateur serait encore et toujours tenu pour l’une des voix les plus représentatives de la seconde moitié du XXe siècle. Ce roman n’est toutefois que l’un des points lumineux de sa carrière, et son rapport particulier à l’Histoire et à l’existence individuelle suffit à lui assurer une place dans cet aperçu de la littérature serbe des années 90.

7.

Selon vous, quels ouvrages de prose ont « survécu » aux années 90 ? En quoi se distinguent-ils des autres, et en quoi ont-ils gardé leur intérêt et leur actualité pour le lecteur d’aujourd’hui ?

1. David Albahari : L’Appât (1996) – l’un de ses meilleurs livres qui recèle la moelle de sa poétique et étudie la possibilité, à travers les autres, de se découvrir soi. Le drame intime, familial, et social est raconté en un seul et ample paragraphe.

2. Vladimir Arsenijević : À fond de cale – histoire personnelle par laquelle s’exprime la voix et l’expérience de toute une génération. Manuscrit à la destinée tout à fait spécifique et à la réception aujourd’hui encore actuelle.

3. Srđan Valjarević : Zimski dnevnik [Journal hivernal] (1995) – bien que la décennie suivante ait vu naître ses meilleurs livres, avec les entrées de ce journal proches de l’essai Valjarević apporte le changement nécessaire à lui-même et à la littérature serbe de cette période. C’est un ouvrage difficile à décrire, plus encore à raconter, impossible à imiter ou à continuer – à moins que l’auteur ne s’en charge lui-même.

4. Radoslav Petković : Destin et commentaires (1993) – toujours au nombre des romans les plus récompensés de notre époque, il joint le moment historique et celui actuel, et raconte notre présent d’une perspective passée et vice versa.

5. Mihailo Pantić : Sedmi dan Košave (1999) – ce recueil de nouvelles, central parmi ceux que l’auteur a consacré à Novi Beograd, joue entre le public et le privé, le général et le concret, l’intime et le visible, et en quelques phrases diagnostique notre chronotope.

6. Slobodan Selenić, Ubistvo s predumišljajem [Meurtre avec préméditation[2]] (1993) – encore un roman qui fait le lien entre l’individu, la communauté et l’Histoire, et l’un des premiers à thématiser les événements actuels de l’effondrement de notre ex-État.

7. Goran Petrović, Opsada crkve Sv. Spasa [Le Siège de l’église du Saint-Sauveur] (1997) – un ouvrage qui chemine entre deux extrêmes, l’influence inévitable du passé et les commentaires de notre époque, ceci afin de préciser ce qui demeure avec nous et quelle partie de notre expérience nous pouvons oublier.

II. 2000 – 2016

8.

Le changement de régime politique en Serbie en 2000 coïncide avec le début d’un nouveau siècle. S’agissant de la littérature serbe, peut-on parler d’un nouveau début ? En d’autres termes, par rapport à la décennie précédente, des changements radicaux sont-ils survenus ?

Les changements mentionnés ont introduit de nouvelles tendances dans l’organisation de l’État et, par-là même, de la littérature. Il est toutefois difficile de parler de la fin de l’ordre ancien et de l’avènement d’un ordre nouveau. Tout ce qui marquait la fin du XXe siècle ne pouvait s’effacer d’un coup et certains phénomènes se sont poursuivis les années suivantes. Nous en offrent le meilleur exemple les livres qui, au début du nouveau siècle, traitent de la décennie précédente et en donnent une meilleure description parce qu’ils la regardent sous un certain angle. Les changements en littérature peuvent s’apercevoir sur les plans stylistique et poétique, au niveau des thèmes et des motifs mais aussi de l’édition : l’apparition de nouvelles revues et maisons d’éditions et la disparition des anciennes ont pesé sur la littérature d’un poids peut-être même supérieur à celui des changements sociaux.

9.

Selon vous, quelles sont les caractéristiques particulières de la prose serbe – nouvelle et roman – au cours des années 2000-2016 sur les plans thématique, formel, et poétique ?

Surtout la recherche de la signification et de la place de l’individu dans le monde nouveau. L’organisation de la société et de l’État a installé un nouveau système où l’individu fonctionne, un système presque diamétralement opposé au précédent dans certains segments mais qui, dans d’autres, demeure parfaitement identique, un système qu’il fallait aujourd’hui étudier et décrire. On note en parallèle la présence du motif du désenchantement engendré par les changements qui, ajouté au pessimisme de l’époque moderne, fait qu’un nombre de livres plus important déconstruisent l’espoir utopique de l’homme et critiquent le système et la société. Enfin, on remarque la thématisation du départ du pays et de la migration qui, à la suite de Crnjanski, sont éternels et inévitables mais trouvent leur origine dans le nouveau système, les espoirs déçus et le pessimisme de cette nouvelle génération perdue. Pour terminer, de nouvelles formes courtes apparaissent, des formes d’expression de plus en plus courtes telles la flash fiction et ladite twitter prose.

10.

Les quinze dernières années ont vu apparaître une vague de nouveaux romanciers dans la littérature serbe. Qui citeriez-vous en particulier ? En quoi se différencient-ils des écrivains qui s’étaient affirmés au cours des années 90 ?

1. Srđan Valjarević : après plusieurs titres publiés au cours des années 90, ont paru les deux meilleurs livres de cet auteur, ce qui fait de lui une figure essentielle des deux décennies : la première l’a vu apparaître, la seconde renaître. Sur le plan de l’idée, de la forme, et de l’impression qu’ils laissent, Dnevnik druge zime [Le Journal d’un second hiver] et Komo [Côme[3]] non seulement se situent bien au-dessus de la prose serbe moyenne du XXe siècle mais sont aussi plus impressionnants que certains titres qui se sont vus décerner l’épithète de meilleurs livres et les récompenses littéraires les plus prestigieuses.

2. Jelena Lengold : l’une des deux ou trois meilleures auteures aujourd’hui. Qu’il s’agisse du roman Baltimor [Baltimore] ou des recueils de nouvelles Vašarski mađioničar [Le Magicien de la foire], U tri kod Kandinskog [À trois heures chez Kandinski] et Raščarani svet [Le Monde désenchanté], ses textes conservent toujours la même intensité aux confins de la réalité et de l’imagination, de la poésie et de la prose.

3. Srđan Srdić : figure atypique de la scène littéraire serbe contemporaine qui, de ses influences poétiques, formelles, et stylistiques, complète le cadre particulier de notre temps et de notre espace et, fréquemment, de manière ironique interroge le sens du monde moderne. Ses romans Mrtvo polje [Le Champ mort] et Satori ainsi que les recueils Espirando et Sagorevanje [Combustion] adressent un défi au public et à ceux chargés de les interpréter, mais c’est précisément cette activation de l’attention du lecteur qui constitue l’un des objectifs les plus précieux que vise cette écriture.

4. Vladimir Tasić : écrivain qui dans la première décennie de ce siècle nous a donné les romans Oproštajni dar [Cadeau d’adieu], Kiša i hartija [La Pluie et le papier] et Stakleni zid [Le Mur de verre][4] dans lesquels il traite de l’expérience de l’émigration et des changements personnels mais aussi de l’espace que chacun de nous laisse derrière lui. Sa narration est apaisée, solide, détaillée, mais aussi émouvante.

Tasic portrait 2

Vladimir Tasić 

5. Srđan V. Tešin : apparu à la fin du siècle dernier, et bien qu’il soit connu pour ses romans Kroz pustinju i prašinu [À travers le désert et la poussière] et Kuvarove kletve i druge gadosti [Les Malédictions du cuisinier et autres saletés], cet écrivain s’est peut-être mieux réalisé dans la forme courte. Les recueils Ispod crte [Sous le trait] et Priče s Marsa [Histoires de la planète Mars] se rangent parmi les meilleures explorations des formes courtes, plus courtes, et très courtes utiles à la littérature serbe aujourd’hui.

6. Uglješa Šajtinac : cet auteur qui se préoccupe davantage de son travail que de sa place dans le système de la littérature serbe est de ceux qui ont laissé présager leur valeur au cours des années 90 et qui l’ont confirmée en ce nouveau siècle. Actif comme romancier, nouvelliste, auteur dramatique récompensé et lu, il porte un regard sur le monde que l’on peut suivre du drame Hadersfild [Huddersfield] en passant par les romans Vok on ! [Walk on !] et Sasvim skromni darovi [De très modestes présents] jusqu’au recueil de nouvelles Banatorijum i ina proza [Banatorium et autre prose].

11.

Quels livres – recueils de nouvelles et romans – publiés entre 2000 et 2016 recommanderiez-vous à l’attention des éditeurs et traducteurs français, et pourquoi ?

1. Svetislav Basara : Uspon i pad Parkinsonove bolesti [Grandeur et décadence de la maladie de Parkinson] (2006). La réception positive de ce roman n’est pas un « prix de consolation » pour l’absence d’une réception semblable pour Fama o biciklistima [Rumeur sur les cyclistes] mais la reconnaissance de la fidélité aux traits poétiques antérieurs, de leur développement et de l’adaptation des cadres postmodernistes sclérosés aux nouveaux espace et temps.

2. Vladimir Pištalo : Tesla, portret među maskama [Tesla, portrait au milieu des masques] (2008). Entre l’histoire d’un individu de premier plan et du collectif, ce roman qui est aussi chronique et biographie d’un individu et d’une époque pose fermement cette question : dans quelle mesure et dans quelles circonstances une histoire personnelle peut-elle se trouver à l’intérieur d’un moment historique ?

3. Srđan Srdić : Mrtvo polje [Le Champ mort] (2010). Réduite à une seule journée, la narration se réalise entre plusieurs protagonistes à la fois liés et dénués de liens, évoquant des circonstances historiques qui les déterminent ainsi que les aspirations personnelles des personnages qu’ils ne peuvent refouler.

4. Oto Horvat : Sabo je stao [Sabo s’est arrêté] (2014). Premier roman de cet auteur après plusieurs recueils de poésie, c’est une histoire personnelle, émouvante, précise du point de vue du style, et (dé)mystification sur la perte d’une épouse et sur les systèmes de valeurs après cette tragédie, mais aussi sur la recherche de cette partie de soi que l’on est / que l’on n’est pas / avec les autres ou, plutôt, sans eux.

5. Uglješa Šajtinac : Sasvim skromni darovi [De très modestes cadeaux] (2011). La valeur de ce roman ne tient pas uniquement dans les prix serbes et étrangers, dont le Prix européen de littérature, qui l’ont récompensé, mais dans la proximité simple et agréable que deux frères sur deux continents se découvrent dans leur correspondance électronique ainsi que dans les motifs de départ, de retour, et d’ouverture de leur moi intime au frère et au lecteur.

Sajtinac Ugljesa

Uglješa Šajtinac

12.

Nous vivons à l'heure de l'Internet et de la « civilisation numérique ». Selon vous, l'apparition des réseaux sociaux a-t-elle accéléré la formation de nouveaux cadres formels pour la création littéraire ?

Internet a des répercussions tant positives que négatives sur la place et le développement de la littérature au cours de ce siècle. D’un côté, nous assistons à la naissance de nouvelles formes littéraires qui se réalisent dans les cadres du monde virtuel, et à l’accroissement plus facile du nombre des lecteurs. De l’autre côté, la liberté absolue dans l’activité éditoriale et dans l’édition n’est pas toujours positive : aujourd’hui, tout le monde ou presque écrit des livres (surtout des romans), mais seuls quelques titres, peu nombreux, méritent de capter l’attention du public.

13.

Ladite « culture mass médiatique » est en pleine expansion en Serbie : on tient de plus en plus les œuvres littéraires et, plus généralement, artistiques comme de simples marchandises dont la valeur s’estime selon les critères du marché et du profit. De quelle manière et dans quelle mesure les phénomènes cités influent-ils sur la littérature serbe contemporaine, sur son évolution, sur son statut dans le cadre de la culture nationale, et sur sa réception ?

Nous avons aujourd’hui de grandes chaînes de librairies nées dans le cadre de maisons d’éditions qui décident autoritairement de la présence et de la visibilité de certains titres, ce qui, en conséquence, influe sur le choix de certains auteurs – heureusement, pas de tous – de se faire publier par tel éditeur plutôt que par tel autre. Naissent ainsi des compromis et une refonte de l’expression et de la vie littéraire. Qu’un livre soit devenu une marchandise ne saurait être totalement positif mais, au moins, il touche un plus grand nombre de lecteurs. Et c’est à ces derniers, ainsi qu’aux voix de la critique, qu’il revient d’extraire la qualité de la quantité.

                                                      

[1] Voir : http://serbica.u-bordeaux3.fr/index.php/a-17/21-albahari-david.

[2] Voir : http://serbica.u-bordeaux3.fr/index.php/s-40/154-seleni-slobodan.

[3] Côme, trad. du serbe par Alexandre Grujicic, Actes sud, 2011, 280 p.

[4] http://serbica.u-bordeaux3.fr/index.php/t-42/162-tasi-vladimir.

 

Traduit du serbe par Alain Cappon


Date de publication : mai 2017

Date de publication : juillet 2014

 

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Le poème titré "Salut à la Serbie", écrit en janvier 1916, fut lu par son auteur Jean Richepin (1849-1926) lors de la manifestation pro-serbe des alliés, organisée le 27 janvier 1916 (jour de la Fête nationale serbe de Saint-Sava), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. A cette manifestation assistèrent, â côté de 3000 personnes, Raymond Poincaré et des ambassadeurs et/ou représentants des pays alliés.

Grace à l’amabilité de Mme Sigolène Franchet d’Espèrey-Vujić, propriétaire de l’original manuscrit de ce poème faisant partie de sa collection personnelle, Serbica est en mesure de présenter à ses lecteurs également la photographie de la première page du manuscrit du "Salut à la Serbie".