Atanasije_Stojkovic


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Poète, romancier, physicien et minéralogiste, académicien russe, professeur et recteur de l'Université de Kharkov, Atanasije Stojković représente l’exemple d’un développement harmonieux de l’homme de lettres et du scientifique dans la même personne.

Sa biographie est exemplaire : après des études primaires à l'école latine de Ruma, en Syrmie, il étudie à Szegedin, Bratislava et Göttingen,  avant d’obtenir,  en 1799,  un doctorat en philosophie. Il est le premier Serbe à porter ce titre. Sous l'instigation de Dositej Obradović, Stojkovic compose, de 1801 à 1803, à Buda,  Fisika, prostim jezikom spisana za rod slaveno-serbskij / La physique en langue vernaculaire pour la nation slaveno-serbe en trois tomes. L'ouvrage comprend des chapitres consacrés à la physique, l'astronomie, la géographie, la météorologie, la minéralogie, la zoologie et la botanique.

En 1803, il devient professeur de l'Université de Kharkov (aux côtés de Gligorije Trlajić, Sava Petrović, Đorđe Koritar, intellectuels serbes d'Autriche également invités par l'Etat russe à prendre part à l'établissement de la nouvelle Université). Il y enseigne la physique théorique et expérimentale. Il publie, en Russie, un important ouvrage d'étude sur les météorites О воздушнixъ Камняхъ и ихъ произхожденіи / O vazdušnom kamenju i njegovom poreklu [Des pierres célestes et de leur origine, 1807]. En Sibérie, dans la région touchée par l'explosion d'une météorite en 1908, une colline porte son nom.

Atanasije Stojković représente l'intellectuel des Lumières : refusant la « spécialisation » dont Schiller percevait déjà les dangers, il s'applique avec un effort et une égale originalité aussi bien aux sciences exactes qu'aux études humanistes et fait preuve d'originalité dans les deux sphères. En ce sens il s'inscrit dans la tradition des scientifiques humanistes qui, chez les Slaves du sud, vont de Ruđer Bošković et Pavle Solarić à Nikola Tesla ou Milutin Milanković.

Ecrivain, Stojković a composé deux romans – Aристiдъ и Наталiа / Aristid et Natalija (1801) et Кандоръ или откровенïе егνпетскихъ таинъ / Kandor ili otkrovenije egipetskih tain [Kandor ou la découverte des secrets égyptiens, 1800], le second étant un roman à caractère philosophique –, et a traduit le Nouveau testament en slavoserbe. Certaines études récentes, notamment celle du théologien luthérien Peter Kuzmič, réfutent la thèse du plagiat de la traduction de Vuk Karadžić (en effet, Stojković, engagé à cette fin par la Société biblique de Londres, a effectué la lecture de cette dernière qui, par ailleurs, ne paraitrait qu'en 1847), et considèrent qu'il s'agit d'une œuvre littéraire originale.

Dans ses ouvrages à caractère scientifique aussi bien que dans son œuvre littéraire, Stojković montre un goût certain pour la métaphysique. A l'horreur du vide, héritage commun de la culture latine, il oppose la valeur des relations humaines riches en échanges ainsi qu'une réflexion originale sur la nature de l'être et du divin. Bien que son œuvre littéraire au sens strict du terme ne couvre qu'une brève période de publications (de 1800 à 1803) sur l'ensemble de sa carrière littéraire et scientifique, la valeur de cette œuvre est – en parallèle à celle des œuvres de Lukijan Mušicki – sans égale parmi les auteurs classicistes serbes.

 Boris Lazić