Choisir : oeuvre

Sava i Simeon       
Saint Sava et  Saint Siméon
fresque, Mileševa, avant 1228


 

Saint Sava

 

Texte de cette vita
original 2
en serbe

 

 

 

 

 

 

 

Intitulée : “Sur notre saint père et fondateur, le seigneur Siméon, le modèle de ce monastère, et sur sa vie, telle qu’elle fut devant Dieu et [devant] les hommes”, La Vie de Siméon-Nemanja est la première hagiographie princière serbe qui nous soit parvenue dans sa forme originelle (dans le Typikon de Studenica, manuscrit de 1619). D’une belle composition, sobre et simple dans sa clarté, cet ouvrage du futur archevêque Sava Ier est également l’une des toutes premières œuvres littéraires vraiment originales du Moyen Age serbe. D’ailleurs, c’est elle qui inaugure véritablement ce genre littéraire si spécifique à la Serbie, que sont les hagio-biographies de ses saints, rois et archevêques.

Sava a inclus l’hagiographie de son père dans le Typikon de Studenica, principale fondation pieuse de Nemanja, monastère qui, avec sa très belle église monumentale en marbre blanc, devait servir de mausolée au fondateur de la dynastie. A ce sujet, il convient de rappeler que l’on doit à Sava également l’élaboration du Typikon de Chilandar qui servira de modèle pour celui de Studenica, au moment où Sava deviendra son higoumène. Selon l’usage courant à Byzance, c’est l’hagiographie du fondateur qui constitue le premier chapitre du typikon du monastère ; pour Studenica, ce fut tout naturellement celle de Siméon, écrite donc par son fils et compagnon de vie athonite d’humble caloyer. La première note hagiographique sur Saint Siméon fut écrite par Sava bien avant : en 1200, aussitôt après la mort de son père ; elle fait partie du Typikon de Chilandar

En écrivant la vita de son père, Sava a fait preuve d’un sens remarquable de la  composition. La narration y est sobre, sans démesure, dépouillée. Son point culminant est la très suggestive description de la mort de Siméon, qui fait partie des plus remarquables pages de toute la littérature médiévale serbe. L’idée force de cette œuvre de Sava est la sainteté ; cependant, à aucun moment, elle n’y est proclamée ni même directement affirmée. Sa qualité majeure réside dans sa force suggestive, celle qui émane des véritables mystiques qui ne s’embarrassent pas de grandes paroles.

Les propos que Sava attribue à Nemanja, à l’occasion de l’Assemblée de 1196, puis ses adieux sur son chevet de mort, font apparaître la signification providentielle du rôle fondateur du grand joupan Nemanja. Dès avant son abdication pour embrasser une réclusion monastique, l’instigateur du futur ordo social et politique de la royauté serbe apparaît en héros civilisateur de sa patrie. Mais la sanction de cet ordre de choses ne devait être acquise que par l’accession de Siméon-Nemanja à la grâce suprême, la seule qui compte vraiment dans l’eschaton, qui est la sainteté. Ainsi l’humble vie monacale de Siméon apparaît-elle comme une préparation à son apothéose finale, si majestueusement décrite par le futur fondateur de l’Eglise serbe.

Sentant sa fin proche, Siméon-Nemanja fait venir à son chevet les “vieillards honorables du Mont Athos” qui, venus en “très grand nombre”, durent attendre son trépas : « Restez chez moi jusqu’au moment de l’office… et de l’enterrement de mon corps » (p. 168). Le caractère international du trépas et de l’enterrement de Saint Siméon a une importance considérable pour l’instauration et le développement de son culte, qui auraient été impossibles sans la caution des Hagiorites de diverses nations, lesquels sont un modèle de l’univers, de l’œkoumenê orthodoxe.

Devenant l’un des points clefs de sa vita, la mort de l’ex-grand joupan serbe prend une importance fondamentale pour l’établissement ultérieur de son culte ainsi que pour le schéma idéologique qui en découle. D’emblée, Saint Siméon semble quitter ce monde pour représenter sa patrie dans l’au-delà. Alors que bien des choses dans sa vie l’y ont préparé, notamment ses actions en faveur de l’Eglise orthodoxe et sa vie au Mont Athos, c’est son trépas – en présence d’un grand nombre de représentants du monachisme athonite, réunis à Chilandar – qui constitue le signe avant-coureur et le début de ce qui deviendra le culte du fondateur de la dynastie némanide.

La conclusion de Sava renferme un passage donnant le sens de la vie de son père dans laquelle il isole trois événements vécus, chacun, deux fois (le baptême, la vie et la mort) présentés sous la forme d’un triplet dichotomique et synthétique. Il y résume l’idée maîtresse de l’hagiographie de Siméon-Nemanja qui revêt une valeur hautement symbolique. Sa signification réside dans une interprétation dynamique de l’évolution spirituelle de Saint Siméon. Baptisé par des prêtres catholiques dans son enfance, il se fait rebaptiser orthodoxe à l’âge adulte. La ligne ascendante continue dans sa vie monastique : il se rend digne du “grand habit” réservé aux moines les plus appliqués. Enfin, il continue d’accomplir sa mission historique dans sa patrie, transcendant sa mort, par la présence de ses saintes reliques thaumaturgiques transférées depuis le Mont Athos dans son mausolée dynastique de Studenica en Serbie.

Les manuscrits : On ne possède plus aujourd’hui qu’un seul manuscrit du Typikon de Studenica faisant partie du Starostavnik de Studenica, daté de 1619, conservé dans la Collection de Schafarik du Musée National de Prague, cod. IX H 8 (Šaf. 10). Une copie partielle de 1760, comprenant seulement les chapitres 4, 5 et 6, ainsi que La Vie de Siméon-Nemanja était en possession de M. S. Milojević.

Les éditions : La Vie de Siméon-Nemanja a été publiée pour sa part une première fois en 1851, avant d’être rééditée en 1928, en dehors des éditions de l’ensemble du Typikon de Studenica. P. J. Schafarik, in Pamatky drevniho pisemnictvi Jihoslovanuv, Prague 1851 ; Id., « Život Sv. Symeona od Sv. Savy », in Pamatky drevniho pisemnictvi Jihoslovanuv, Prague 1873, p. 1-15. Sveti Sava, Spisi sv. Save, édition de texte avec introduction de V. Ćorović, Belgrade-Sremski Karlovci, in Zbornik IJKSN XVII (1928), p. 151-175 ; Studenički tipik. Carostavnik manastira Studenice (éd. et trad. T. Jovanović, p. 401-418), Belgrade 1994, p. 151-193.

Etudes : I. Dujčev, “La littérature des Slaves méridionaux au XIIIe siècle”, in Id., Medievo bizantino-slavo, vol. III, Rome, 1971, p. 232-234, 240-241 ; H. Birnbaum, « Byzantine Tradition Transformed : the Old Serbian Vita », in H. Birnbaum, S Vryonis, Aspects of the Balkans : Continuity and Change, La Hay-Paris 1972, p. 277-280 ; Radmila Marinković, “Istorija nastanka života gospodina Simeona od Svetoga Save” (L’historique de la Vita de Siméon par Saint Sava), in Sava Nemanjić - Sveti Sava, Belgrade, 1979, p. 201-213.

Traductions.  En serbe : Les traductions en serbe moderne du texte de La Vie de Siméon-Nemanja ont été publiées à plusieurs reprises. Sveti Sava, Stefan Prvovenčani, Spisi Svetoga Save i Stevana Prvovenčanoga [Textes de Saint Sava et de Stefan Prvovenčani], trad. L. Mirković, Belgrade 1939, p. 109-135 ; Sveti Sava, Sabrani spisi [Textes réunis], trad. serbe revue, annotation et introd., D. Bogdanović, Belgrade 1986, p. 95-119 ; Sveti Sava, Sabrana dela (Œuvres réunis), traduction, introduction, T. Jovanović, Beograd 1998, p. 148-191 ; Ljiljana Juhas-Georgievska, Sava, sveti, Sabrana dela (Œuvres réunis), Biblioteka Antologija srpske književnosti, vol. n° 1, Beograd  2000, Narodna knjiga - Alfa, p. 163-187. En allemend : St. Hafner, Serbisches Mittelalter. Altserbische Herrscher-biographien, Bd. I : Stefan Nemanja nach den Viten des hl. Sava und Stefan des Erstgekrönten, Graz-Vienne-Cologne 1962, p. 35-66. En anglais : M. Matejić, Biography of S. Sava, Columbus-Ohio, 1976, p. 91-194 ; T. Butler, Monumenta serbocroatica. A bilingual Anthology of Serbian and Croatian texts from the 12th to the 19th century, Michigan Slavic Publications, 1980, p. 39-50 (extraits) ; M. Kantor, Medieval Slavic Lives of Saints and Princes, Ann Arbor, Michigan, 1983, p. 255-304.

Boško I. Bojović